AVOCATS 2.0

Quelle éthique pour le numérique?

Quelle éthique pour le numérique ? Déjà Azimov s’était posé la question. Il y avait répondu avec ses fameuses lois qui sont toujours d’actualité. Faut-il plus ? Certains ont lancé l’idée d’une éthique, et bien sûr de chartes puis d’un comité d’éthique. Dans le principe, pourquoi pas, mais encore faut-il définir ce qu’on entend par là et ce que l’on veut en faire….

 

Cédric Villani y consacre l’une des parties de son rapport DONNER UN SENS A L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE. La dernière newsletter de la Revue prospective et de l’innovation du CNB y consacre l’un de ses billets. Nous savons par ailleurs qu’Alain Bensoussan, notre confrère spécialisé dans le droit des robots, a engagé une réflexion, pour ne pas dire un combat…, pour la responsabilité des robots ; ce qui pose la problématique de l’éthique. Les avocats enfin sont au cœur de ce sujet, eux dont l’exercice professionnel est cadré par une déontologie faite de règles inspirées de morale ; une morale dont l’éthique est la science si l’on se réfère à sa définition….

 

Mais force est de reconnaître que pour autant nous ne quittons pas les terrains sablonneux de l’incertitude, des vœux pieux et des bonnes intentions…. Les valeurs sont convoquées, bien sûr… Le respect de règles comportementales, de normes sociales… La protection de la liberté individuelle et des droits de la personne… ; mais il manque une boussole.

 

Alain Bensoussan déjà cité, prône une reconnaissance de la personnalité des robots et donc de leur responsabilité. Il écrit : « avec l’introduction de l’intelligence artificielle, la robotique non plus ne pourra être encadrée par la seule norme juridique et la composante éthique revêt un caractère essentiel ».

 

La nécessité de l’éthique vient bien de la possibilité d’une autonomie du robot et de son intelligence artificielle, avec le spectre de la singularité. Nécessité qui doit être tempérée par le fait que l’autonomie reste soumise au pouvoir de l’homme, ce dernier conservant la possibilité d’appuyer sur le bouton « marche-arrêt »…. Il reste qu’en soi l’éthique demeure une exigence justifiée.

 

De manière symptomatique aucun de ceux que nous avons cités ne la définit ni même n’en donne les rudiments ou les fondements !.... Alors de quoi parle-t-on ? Quelles règles va-t-on définir grâce à elle ? Se gargariserait-on d’un mot qui serait vidé de sens et que l’on utiliserait comme une sorte de caution morale ?

 

Le droit et l’éthique sont convoqués pour  relever les défis moraux des progrès de la robotique et de l’intelligence artificielle. Mais il ne s’agit peut-être par ce biais pour les tenants du développement de l’autonomie que de suivre le mouvement, de l’accompagner, de rendre possibles toutes les évolutions, tous les progrès et en même temps toutes les ruptures. On est dans la gestion, que dans la gestion…

Il me vient à l’esprit que la première question est celle de la dépendance de l’intelligence artificielle par rapport à l’humain. Règle de base, essentielle ! La première règle éthique n’est-elle pas précisément de poser ce principe de manière cardinale ?

 

Vient ensuite la question de l’anthropologie que nous devons mettre au cœur d’une entreprise dont il n’est pas concevable qu’elle se retourne contre celui qu’elle est censée servir…. ; ce qui nous ramène à Azimov !

 

Enfin, ne faut-il pas se décider à revenir au « gros mot » de morale, celui dont l’éthique est la science…, pour définir les règles fondamentales à respecter dans la mise en œuvre de ce qui doit rester un outil….. L’éthique n’est pas simplement, et avant tout de mettre l’homme l’homme au cœur et au centre de l’œuvre ? Reste dès lors à définir l’homme ce qui nous renvoie à la morale…. CQFD !....

 

Pour conclure, essayons de bannir les grands mots, de ne pas renvoyer à je ne sais quel comité le soin de définir ce qui l’est déjà, attachons-nous à développer une entreprise anthropologique en utilisant tout ce que notre spécificité d’hommes nous permet de concevoir, de comprendre et de faire, en refusant de nous retrancher derrière les progrès de la science, quels qu’ils soient, pour accepter ce qui ne devrait pas l’être…

 

 

 

 

 



04/04/2018
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