AVOCATS 2.0

Peut-on démystifier l'intelligence artificielle?

Dans ses deux derniers livres « Le mythe de la singularité » et « L’intelligence artificielle vers une domination programmée », Jean Gabriel Ganascia apporte une contribution déterminante à notre nécessaire réflexion sur la nature, les capacités et les limites de l’intelligence artificielle.

 

Il y affirme à la fois ses capacités hors du commun et ses limites. Il la démystifie. Pour lui nous sommes face à un phénomène qui présente des caractéristiques empruntées aux gnoses. Il dénonce le fait que l’on nous invite à y « croire » alors que l’on ne croit pas à une science ; elle est et doit son existence à ses capacités techniques, objectives, opérationnelles, à l’inverse d’une religion.

 

Jean Gabriel Ganascia ne partage pas la croyance de plus en plus communément répandue et savamment entretenue par ceux-là mêmes qui la dénoncent…, en la singularité, et plus généralement en ce mythe d’une intelligence de la machine susceptible de se rebeller contre l’homme. Il dénonce le fait que les conditions seraient réunies pour créer de la conscience ou de la volonté au cœur du fonctionnement de l’intelligence artificielle. Non les machines n’ont ni conscience ni volonté propre. Et il explique en même temps que les machines n’ont d’ailleurs aucun besoin d’émotion, de conscience ou de volonté pour être intelligentes au sens que l’on donne à l’intelligence artificielle. Et, pour lui, ce n’est pas demain la veille….Pourquoi ? Comment ? Tout simplement parce qu’il est possible d’être intelligent au sens de l’IA, sans  comprendre ce que l’on dit ou fait…. C’est à ce point que son analyse est déterminante et éclairante. L’intelligence ainsi mise en œuvre consiste à relier « inter-legere » les masses de données, les big datas. Car ce sont les données, leur quantité et leur utilisation, qui nous dépassent et font le mythe et en tous les cas la puissance de l’IA ! C’est pour cela que l’on a besoin d’elle et de l’apprentissage machine. Tout est dans la puissance de la masse d’informations et des nécessités de leur traitement.

 

Le principe de fonctionnement de l’IA fut inventé par Turing dans les années 50 ; il s’agit de l’imitation, de la simulation de notre psychisme à l’aide d’une machine. Ce principe est toujours valable ; c’est lui qui est au cœur du système technologique virtuel.

 

Jean Gabriel Ganascia va encore plus loin en expliquant qu’il n’y a aucun lien entre la puissance de calcul des machines et leur capacité à simuler et à imiter. Cette puissance explique la capacité de traitement des big datas ; mais elle n’est pas à l’origine d’une éventuelle singularité et d’une possible autonomie de la machine ! C’est ici que s’immisce le mythe…la fausse croyance….la gnose artificielle ! La puissance qui crée le pouvoir de l’IA résulte de cette capacité de traitement et d’elle seule.

 

L’auteur, dont il faut garder en mémoire qu’il est avant tout un grand scientifique, explique encore que notre jugement est faussé par l’utilisation des heuristiques. L’IA  fonctionne en fonction d’intuitions alors que nous croyons en des postulats scientifiques…Vu qu’il est impossible à la machine de procéder à une exploration exhaustive de tout le champ des possibles. Les heuristiques sot un palliatif de notre intuition ; elles caractérisent selon lui l’approche scientifique de l’IA.

 

Et il insiste sur le fait que c’est l’ingénieur auteur de la configuration qui choisit le critère à optimiser dans le processus d’apprentissage par renforcement. D’où son affirmation du risque de déconnexion par rapport à la réalité. En effet, nous établissons des liens entre des réalités concrètes au moyen des abstractions formelles qui sont la marque de cette intelligence propre ; ces abstractions qui permettent le traitement et l’utilisation des données. Le mot intelligence vient autant de inter legere que de leg qui signifie choisir, cueillir, rassembler. Il affirme dès lors qu’il est nécessaire de réintroduire de l’humain dans le fonctionnement de la machine, n’hésitant pas à faire référence aux mises en garde du Pape Benoit XVI…

 

Voilà bien une réflexion décapante et revigorante qui nous conforte dans notre conviction que la voie de la maîtrise est possible en même temps que nécessaire. Le tout étant d’en identifier les clés et les moyens.

 



12/04/2018
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