AVOCATS 2.0

"Lex humanoïde": Un roman de juridique-fiction qui éclaire la réalité

La lecture du roman de notre confrère Pierre Janot « Lex humanoïde, des robots et des juges » éclaire le débat provoqué par l’évolution de la Justice face au développement des technologies virtuelles. Débat illustré récemment par la publication du livre d’Antoine Garapon « Justice digitale » ainsi que par notre propre essai « L’avocat face à l’intelligence artificielle ».

 

Le livre d’Eric Janot est un roman de science-fiction. Sauf que les datas et les algorithmes frappent déjà à nos portes et particulièrement à celles de l’enceinte judiciaire. Tout s’accélère…

 

Le débat sur la justice digitale est celui du pouvoir ; le pouvoir de la machine ou des hommes ? Au moyen de démonstrations scientifiques Antoine Garapon insiste sur la profondeur et l’ampleur du pouvoir que la machine est susceptible de prendre, à cause et au moyen de la disruption que provoquent le langage graphique, le numérique, les datas et les nouvelles technologies. Mais, nous savons en même temps que l’âge de la singularité technologique n’est pas encore pour demain. Personne ne peut affirmer que celle-ci sera possible ; et si elle doit l’être un jour, nul ne sait quand. Or la singularité est précisément ce moment charnière où l’intelligence artificielle deviendra intelligente, au sens humain du terme. C’est le moment où la machine serait susceptible de prendre le pouvoir sur l’homme ; le moment où elle ne sera plus seulement artificielle….

 

Jusqu’à maintenant, quel que soient sa complexité, ses performances, sa puissance de connexion, elle reste un outil ; elle demeure soumise au pouvoir des hommes. D’où la nécessité pour ces derniers de se doter des moyens de maîtriser la machine et, comme nous l’avons écrit quant à nous, pour les juristes, les auxiliaires de justice et les juges de renouveler la science du droit afin que celle-ci ne soit pas réduite à la mise en œuvre purement technique, automatisée et déshumanisée de textes de loi.

 

Et c’est sur ce point que le roman de notre confrère Pierre Janot apporte un éclairage fondamental ; la force des romans est de nous mettre en situation. Les hommes qui conçoivent et utilisent les ordinateurs nous persuadent de leur pouvoir alors que le stade de la singularité n’est pas atteint; ils nous font croire en un pouvoir qu’ils n’ont pas. Il y a plusieurs raisons à cela: la puissance technologique tout d’abord qui nous aveugle et nous éblouit, la soif de pouvoir des hommes ensuite qui nous trompe et enfin le mythe entretenu par tous ceux qui promeuvent cette science technologique et virtuelle et qui abusent ainsi de notre crédulité.

 

Ce roman met en scène toute la complexité, l’ingéniosité, la cupidité et la malignité des moyens utilisés par les hommes pour installer leur pouvoir derrière la machine. Il démontre notamment comment la programmation et la mise en œuvre de tous les outils virtuels, jusqu’y compris à travers la remise en cause d’un système de justice automatisée, peuvent donner aux hommes les moyens d’installer leur pouvoir.

 

La conclusion ? Tout est ouvert. Comme ce roman le met en évidence, la question ne relève pas d’une lutte manichéenne entre anciens et modernes, entre « pour » et « contre », entre rétrogrades et progressistes ! L’enjeu est celui de l’humanisme, de l’intérêt des justiciables, du bien commun et de la Justice. C’est donc bien la question de la maîtrise et de ses moyens comme nous l’avons souligné dans notre essai.

 



14/05/2018
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