AVOCATS 2.0

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Blanche Gardin dit l'essentiel sur notre rapport avec la technologie avec humour

L'humour permet d'exprimer les choses, voire des analyses, comme des sentiments de manière éclairante, bluffante!

Blanche Gardin en donne l'illustration dans ce sketch:

 

 

 

La différence entre l'homme de cromagnon et moi c'est que lui savait fabriquer l'outil qu'il utilisait...

C'est humiliant d'être dépendant d'un outil qu'on ne sait pas fabriquer...

On s'est fait avoir avec le progrès technologique; il devait nous assister dans la réalisation de nos rêves, or il se les est accaparés...

Notre fantasme est de devenir des machines...

La technologie ne fait plus du tout appel à ce qu'il y a d'humain dans l'intelligence...

Sans parler du point d'orgue sur la proclamation de nos valeurs après les attentats du Bataclan....

 

Mieux qu'un long article.......A méditer!

 


14/10/2018
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Défendre la cause des avocats?

Et si l’avocat était irremplaçable ?  Bien sûr, je prêche pour ma paroisse… mais elle est belle.

 

À l’heure où nous nous interrogeons sur son possible remplacement par une machine intelligente, je écouvre le livre écrit par un de mes confrères Loïc TERTRAIS ; un avocat breton qui s’est lancé dans l’écriture d’un livre atypique.

L’homme a des convictions que je partage. Son livre est inspiré par une passion qu’un certain nombre d’avocats partagent encore. Cette passion ne peut trouver sa source que dans celle de la justice et dans une certaine conception de l’amour.

 

Ce livre tombe à point nommé. « Défends ma cause » ! Notre confrère nous fait partager l'état de l’avocat au plein sens du terme. Ce livre est la confession d’une singulière rencontre entre un avocat habité par sa mission et le monde qui l’entoure, les clients, les adversaires, les confrères, les experts, les juges voir même les journalistes. Pénétrante confession, accompagnée d’une analyse aiguisée, exigente.

 

Comme son préfacier le souligne son livre n’est pas une démonstration intellectuelle. Il ne convoque pas les grands principes au soutien de ses analyses, qui sont des sortes de paraboles. Il s’agit d’un témoignage, comme il l’explique d’ailleurs dans son livre même si sur ce point je ne suis pas totalement d’accord avec lui car dans le procès l’avocat n’est pas un témoin ; en tous les cas il est beaucoup plus qu’un témoin.

 

Il évoque certains sujets particulièrement profonds de manière allègre, incidente mais très éclairante comme par exemple la réforme du droit des obligations et la disparition de la cause ou la théorie des droits de l’homme.

 

Il nous parle de cas, de choses vécues, d’exemples, d’incidents, de procès et met le doigt sur ce qui ne va pas, et pour reprendre le jargon moderne, sur ce qui dysfonctionne. Sans qu’à aucun moment on ait le sentiment que l’auteur juge, nombre d’entre nous en prennent néanmoins pour leur grade… ; dans la mesure où ils perdent de vue l’humanisme, la justice et au fond ce qui doit animer l’action de chacun dans l’accomplissement de sa mission, c’est-à-dire l’amour. Cette perspective est profondément chrétienne ; et Loïc TERTRAIS rejoint ainsi cette idée que défendre c’est être chrétien, c’est faire du christianisme en acte ; ce qui ne signifie pas que seuls les chrétiens peuvent être bons avocats, loin s’en faut !....

 

Ce livre m’a intéressé d’un autre point de vue, car il constitue un élément de réponse à la question centrale que je me pose et sur laquelle je travaille depuis l’achèvement de mon livre sur l’avocat face à l’intelligence artificielle. Comment redonner à l’humanisme toute sa place dans le fonctionnement de l’institution judiciaire transformée par le numérique et les outils de l’intelligence artificielle ? Cet humanisme sans lequel elle ne sera plus qu’un fonctionnement numérique, codé, artificiel et donc dangereux, parce que manipulable, comme Antoine GARAPON le démontre dans son dernier livre « Justice digitale ».

 

La réponse nécessite d'abord de retrouver le sens véritable du droit dont l'objet ne peut être que le Justice!

 

Mais elle est aussi dans l’affirmation inébranlable de la substance purement humaine des liens dont les ruptures sont à l’origine d’injustices que l’institution judiciaire doit réparer. Bien sûr qu’il va falloir trouver des solutions techniques, intellectuelles, rationnelles, mais il va aussi et surtout falloir d’abord que les acteurs retrouvent le sens de l’humain c’est-à-dire de ce qui est irréductible aux codes et au numérique. C’est le réel et notre aptitude à le transfigurer, d’où l’appel aux poètes et aux écrivains, qui nous en donneront les moyens. « Défends ma cause » est un très bon guide pour suivre ce chemin exigent et ardu.

 

A lire et à faire lire….

 


08/07/2018
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Colloque PORTALIS "Droit et Numérique"

J’ai assisté, vendredi 1er juin, au colloque des entretiens Portalis à Aix-en-Provence « droit et numérique ».

 

Il fut le témoignage de la prise de conscience par les milieux juridiques et judiciaires de la révolution en cours en leur sein. Il ne m’a malheureusement été possible d’assister qu’à la première partie des travaux. Il s’agissait de débattre des enjeux du XXIe siècle sous la direction du doyen de la faculté de droit et de sciences politiques d’Aix-en-Provence, avec notamment la participation du secrétaire général adjoint du ministère de la justice ainsi que de Madame Valérie Laure Benabou professeur à l’université d’Aix-Marseille.

 

Les professeurs d’université, les magistrats, les avocats, et les fonctionnaires du ministère de la justice débattent de la mise en œuvre et de l’utilisation des moyens numériques mis à leur disposition. Conscients de leurs risques et de leurs potentialités, ils ont une approche pragmatique et concrète ayant pour objet de déterminer les meilleures pratiques. Mais, il y manque une réflexion, non pas seulement historique, mais surtout relevant de la philosophie du droit et pourquoi pas de la philosophie générale…, comme de la science politique, sur la nature de la disruption en cours et par voie de conséquence de la remise en cause de la place et du rôle de chacun.

 

Face à un phénomène de cette ampleur, il ne suffit pas de raisonner en techniciens, voir même en savants techniciens. Encore faut-il être conscient de ce qui se produit et ne pas se contenter de surfer même habilement ou stratégiquement sur la vague. Et ce fut tout l’intérêt de la magistrale intervention de Madame Valérie Laure Benabou en clôture de cette matinée. Elle a mis le doigt sur le point qui fait mal. Elle a réveillé l’assistance. Elle a tenté de lui ouvrir les yeux, j’allais dire les reins et les cœurs…, en faisant ressortir les enjeux épistémologiques, anthropologiques et philosophiques sur lesquels nous devons impérativement avoir une vision prospective et une analyse critique. Croire que ce qui se passe ne serait que technique ou technologique relève de l’insouciance ou de l’inconscience…

 

Comme j’ai tenté de le faire ressortir dans une question posée lors de l’ouverture des débats à la salle, la question n’est pas seulement celle d’une évolution du même type que  l’imprimerie. Une fois encore, comme le travail d’Antoine Garapon dans son livre « Justice digitale » le met en évidence, nous sommes confrontés à une transformation du langage -réduit à des chiffres et des codes - et du raisonnement – la causalité étant expulsée par la corrélation - qui sont les deux fondements du droit et de la justice. Car, ainsi que le mit en évidence l’intervention de Monsieur Stéphane Hardouin aujourd’hui le ministère de la justice ne travaille pas seulement à la mise en ligne de documents scannés, mais à leur codage. Tout va passer à la moulinette algorithmique avant que le droit ne puisse être appliqué et que la justice ne soit rendue.

 

Tout le problème est de savoir comment nous allons nous donner les moyens de réintégrer la dimension humaine indispensable au fonctionnement de l’institution judiciaire et à l’accès du citoyen au droit ; notre époque étant marquée par le double enjeu de l’accès à un droit toujours plus complexe et de l’accès à une justice toujours nécessaire.

 

Plus que jamais la question qui nous est posée, tel un défi des temps modernes, est de nous donner les moyens de maîtriser une intelligence artificielle qui nous fait croire en sa toute-puissance, alors que personne ne peut dire quand elle sera réellement capable de se doter des moyens de la singularité lui permettant d’être légale de l’homme et éventuellement son maître…. Nous devons la démasquer, la ramener à ce qu’elle est ; Madame Valerie-Laure Benabou a poussé avec justesse l’audace jusqu’à dire qu’elle refusait de l’appeler numérique ou intelligence artificielle, pour l’identifier comme étant une simple machine. Une machine sophistiquée, puissante, mystificatrice certes, mais face à laquelle nous ne devons pas renoncer à nos prérogatives, quelles que soient les difficultés de la tâche. À défaut, nous ferons le lit d’une justice inhumaine. L’heure est à la formation, à la sensibilisation, à la prise de conscience et au développement chez les professionnels du droit et de la justice des outils moraux et intellectuels en même temps que techniques, qui sont nécessaires pour cette maîtrise.

 


03/06/2018
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Homère et Facebook

Le monde de réseaux dans lequel nous vivons recèle bien des paradoxes. L’un d’entre eux est souligné par Sylvain Tesson dans « Un été avec Homère »[1], merveilleux livre dont je vous recommande la lecture. 

 

 

On y lit : « les réseaux sociaux sont des entreprises de désagrégation automatique de la mémoire. Aussitôt postée, l’image est oubliée… ». Et l’auteur de souligner qu’aucun héros grec n’a besoin d’un site Internet. Tout passe… rien ne reste… Et pourtant, comme le relève Louise Merzeau dans une conférence donnée dans le cadre du colloque de la chaire du collège des Bernardins sur le numérique « on ne peut plus ne pas laisser de traces, c’est-à-dire que non seulement ces traces sont d’une nature nouvelle, inédite, mais surtout que ce n’est plus option, c’est-à-dire qu’on ne peut plus décider a priori de ne pas laisser de traces. Cela génère toute une série d’inversions et c’est en ce sens qu’anthropologiquement, il y a un saut qualitatif et notamment une inversion entre mémoire et oubli, dans la mesure où jusqu’à l’avènement du numérique, l’homme devait faire des efforts, des dépenses, développer une intention, un projet et une technologie pour garder des traces. Au fond, ce qui était donné, c’était l’oubli, c’était le fait que son activité disparaissait avec le temps et avec sa propre mort »[2].

 

Qui a raison ? A quoi sommes-nous confrontés ? Est-ce une contradiction ? Ou un paradoxe révélant la perversité du système réseautique ?

 

D’un côté, rien de ce que nous faisons, de ce que nous disons, de ce que nous écrivons, peut-être demain de ce que nous penserons, n’est oublié. Et d’un autre côté, la mémoire en tant qu’elle structure notre être, dans et par la culture, a disparu de nos vies ou tend à en disparaître. C’est ce que veut dire Sylvain Tesson. Du temps où les outils technologiques n’existaient pas, nous avions de la mémoire. Nous gardions ce qui nous avait été légué et transmis. Rappelez-vous le film « La tête en friche »[3], et cette réplique merveilleuse de Geneviève Casadesus à Gérard Depardieu « nous sommes tous des passeurs »…

 

Ainsi, nous n’avons plus droit à l’oubli mais nous perdons la mémoire. Tout reste et l’essentiel passe.

 

Nos êtres en expositions narcissiques laissent des traces indélébiles dans les réseaux. Sylvain Tesson caricature Marc Zuckerberg comme étant « l’inventeur de la version numérique de la flaque d’eau de Narcisse ». Mais les réseaux ne recherchent pas ce qui dure, ni ce qui reste vraiment, de manière fondamentale, essentielle… Ils ne recherchent que nos « moi » en surexposition existentialiste et consumériste. Le temps, avec l’oubli, ce filtre de la sagesse ne peut plus remplir son office, permettre d’éliminer l’accidentel pour retrouver le sens et l’identité. Les réseaux ne transmettent rien. Ils inscrivent tous nos faits et gestes sur un disque dur ; tous les détails, sans distinction, sans faire de tri, sans laisser de place à l’œuvre de l’humain dans le quotidien pour préparer l’avenir.

 

Voilà l’un des aspects du défi que nous lance le système technologique numérique.  A cet égard la lecture d’Homère ne peut que nous être d’une grande utilité, ainsi que Sylvain Tesson nous y invite.

 

[1] https://www.amazon.fr/%C3%A9t%C3%A9-avec-Hom%C3%A8re-Sylvain-Tesson/dp/284990550X/ref=sr_1_1?ie=UTF8&qid=1527454187&sr=8-1&keywords=un+%C3%A9t%C3%A9+avec+hom%C3%A8re

[2] https://media.collegedesbernardins.fr/content/pdf/Recherche/7/chaire-2015-17/2015_09_23_Chaire_Numerique_sy.pdf

[3] https://www.youtube.com/watch?v=QK2LG7qF9rw

 


27/05/2018
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Ciceron maître de l'intelligence artificielle?

Si Cicéron pouvait nous aider à imaginer les chemins de la sagesse face aux progrès de l’intelligence artificielle ? A propos de :

 

 

L’intelligence artificielle n’est que le simulacre de notre intelligence ; elle en est un ersatz. Nul ne sait, nul ne peut affirmer, nul ne peut garantir quand elle atteindra ce qu’il est convenu d’appeler la singularité technologique, ce stade où la machine égalerait l’homme pour le dominer, pour lui échapper.

 

Dans cette affaire la seule question qui vaille est celle de la maîtrise. Inverser le sens de la maîtrise. Refuser la domination de l’homme par la machine. Revendiquer son exact inverse.

 

Tous les progrès, les algorithmes, les datas, les réseaux ne sont que des instruments. Des instruments créés par l’homme. Derrière le mythe de l’intelligence artificielle se cache la fascination de l’homme pour la domination. Plutôt que d’entretenir la crainte, la peur, qui sont des défauts de la nature humaine, nourris d’inquiétude et d’angoisse c’est-à-dire des maladies de l’âme telles que les décrit Cicéron, avec courage, cette vertu décortiquée et magnifiée par les analyses du grand philosophe et avocat romain, nous devons affronter notre destin, notre existence pour être et, s’agissant de la justice, pour participer activement à son œuvre.

 

Nous sommes une fois encore aveuglés par la technologie et la puissance qu’elle nous donne qui nous permet de manœuvrer la nature, comme nos concitoyens. Cette histoire est vieille comme le monde.

 

Malgré tout ce que nous pouvons penser, et ce que l’on nous donne à croire, il n’y a rien de nouveau dans les défis que nous lance l’intelligence artificielle que nous avons créée de nos propres cerveaux.

 

Même si l’accélération et la sophistication des moyens mis en œuvre ont de quoi provoquer l’affolement, la panique et le renoncement, l’outil ne peut pas créer une situation irréversible pour l’homme, sauf pour celui-ci à renoncer…

 

Notre vie sociale et politique n’a de sens que si l’homme reste en son centre, s’il recherche son bien et de ce qui est juste pour lui. Ce bien et cette justice ne peuvent être arbitrés de manière automatique ou mathématique. Ils sont irréductibles au calcul.

 

Voilà pourquoi au-delà de tous les aspects purement techniques du travail que nous devons entreprendre dans cette aventure aux allures de gageure, il nous appartient de replonger notre esprit et notre intelligence dans ce qui fait la sagesse, elle qui est l’objet de la philosophie.

 

Rien de ce qui est humain ne nous est étranger. Or tout ce qui est humain est étranger à la technique.

 

Ces réflexions me sont venues après la lecture d’un petit livre aux allures de chef-d’œuvre. Un dialogue défiant le temps et faisant revivre cet immense avocat que fut Cicéron, un homme aux mille talents dont les leçons sont aussi actuelles qu’éternelles. Ce petit livre a été écrit par notre confrère Jacques Trémolet de Villers. Je vous invite à le lire, lui qui vous invite en conclusion de sa méditation, à relire Cicéron…

 

Et si Cicéron et la sagesse à laquelle il nous invite détenaient les clés pour relever le défi que nous nous sommes lancés ?

 


20/05/2018
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"Lex humanoïde": Un roman de juridique-fiction qui éclaire la réalité

La lecture du roman de notre confrère Pierre Janot « Lex humanoïde, des robots et des juges » éclaire le débat provoqué par l’évolution de la Justice face au développement des technologies virtuelles. Débat illustré récemment par la publication du livre d’Antoine Garapon « Justice digitale » ainsi que par notre propre essai « L’avocat face à l’intelligence artificielle ».

 

Le livre d’Eric Janot est un roman de science-fiction. Sauf que les datas et les algorithmes frappent déjà à nos portes et particulièrement à celles de l’enceinte judiciaire. Tout s’accélère…

 

Le débat sur la justice digitale est celui du pouvoir ; le pouvoir de la machine ou des hommes ? Au moyen de démonstrations scientifiques Antoine Garapon insiste sur la profondeur et l’ampleur du pouvoir que la machine est susceptible de prendre, à cause et au moyen de la disruption que provoquent le langage graphique, le numérique, les datas et les nouvelles technologies. Mais, nous savons en même temps que l’âge de la singularité technologique n’est pas encore pour demain. Personne ne peut affirmer que celle-ci sera possible ; et si elle doit l’être un jour, nul ne sait quand. Or la singularité est précisément ce moment charnière où l’intelligence artificielle deviendra intelligente, au sens humain du terme. C’est le moment où la machine serait susceptible de prendre le pouvoir sur l’homme ; le moment où elle ne sera plus seulement artificielle….

 

Jusqu’à maintenant, quel que soient sa complexité, ses performances, sa puissance de connexion, elle reste un outil ; elle demeure soumise au pouvoir des hommes. D’où la nécessité pour ces derniers de se doter des moyens de maîtriser la machine et, comme nous l’avons écrit quant à nous, pour les juristes, les auxiliaires de justice et les juges de renouveler la science du droit afin que celle-ci ne soit pas réduite à la mise en œuvre purement technique, automatisée et déshumanisée de textes de loi.

 

Et c’est sur ce point que le roman de notre confrère Pierre Janot apporte un éclairage fondamental ; la force des romans est de nous mettre en situation. Les hommes qui conçoivent et utilisent les ordinateurs nous persuadent de leur pouvoir alors que le stade de la singularité n’est pas atteint; ils nous font croire en un pouvoir qu’ils n’ont pas. Il y a plusieurs raisons à cela: la puissance technologique tout d’abord qui nous aveugle et nous éblouit, la soif de pouvoir des hommes ensuite qui nous trompe et enfin le mythe entretenu par tous ceux qui promeuvent cette science technologique et virtuelle et qui abusent ainsi de notre crédulité.

 

Ce roman met en scène toute la complexité, l’ingéniosité, la cupidité et la malignité des moyens utilisés par les hommes pour installer leur pouvoir derrière la machine. Il démontre notamment comment la programmation et la mise en œuvre de tous les outils virtuels, jusqu’y compris à travers la remise en cause d’un système de justice automatisée, peuvent donner aux hommes les moyens d’installer leur pouvoir.

 

La conclusion ? Tout est ouvert. Comme ce roman le met en évidence, la question ne relève pas d’une lutte manichéenne entre anciens et modernes, entre « pour » et « contre », entre rétrogrades et progressistes ! L’enjeu est celui de l’humanisme, de l’intérêt des justiciables, du bien commun et de la Justice. C’est donc bien la question de la maîtrise et de ses moyens comme nous l’avons souligné dans notre essai.

 


14/05/2018
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La "Justice digitale" au risque du Droit. Analyse et commentaires du livre d'A. Garapon.

Antoine Garapon et Jean Lassègue nous livrent une analyse puissante, exhaustive et scientifique de la justice digitale ; au travers d’un essai d’une densité remarquable.

 

 

L’intérêt de ce livre est tout d’abord de décortiquer le phénomène graphique et numérique, ce langage nouveau fait de numérisation, de programmation et de mise en réseaux. Ils démontrent que le langage graphique bouleverse notre rapport au temps et à l’espace, qu’il est doté d’une activité propre allant bien au-delà du rôle traditionnel du langage et qu’il tend par sa puissance et son efficacité à se substituer à nos systèmes symboliques traditionnels. Le numérique agit comme un « désorganisateur de l’espace et du temps ». En même temps il se dote d’une fonction normative dénonçant le mythe d’une loi imparfaite et proposant une régulation des pratiques. L’un des apports fondamentaux de leur analyse consiste à mettre en évidence comment le numérique, avec son langage graphique et tous ses outils, parvient à se substituer au système légal et symbolique du droit et de la justice ; de la même manière qu’il se substituera progressivement à nos régimes institutionnels. Véritable « travail de désymbolisation avant d’opérer une resymbolisation » ! Car il construit son propre mythe…

 

Antoine Garapon analyse avec précision, compétence et professionnalisme ce qu’il appelle la quatrième dimension de l’audience avec sa nouvelle structuration de l’espace et du temps, une désintermédiation de la preuve, un appauvrissement de l’expérience du procès et sa déritualisation (il nous avait déjà offert un remarquable essai sur le rite judiciaire). Il s’interroge ensuite sur le point de savoir si les juges inanimés qui tendent à se substituer à nos juges humains auront une âme. Il constate que ce système tend à une véritable inversion des principes démocratiques et à la création d’un lieu vidé de la loi, mais occupé en son centre par la technique. Il n’oublie pas non plus l’analyse de la fonction prédictive qui procède d’une révolution épistémologique. Il constate que la loi disparaît, que le jugement va tomber sous influence, particulièrement celle des réseaux, sans oublier celles de l’évaluation/recommandation et de la notation. Enfin il souligne combien la digitalisation fait disparaître toute qualification juridique. Et la force de son analyse est précisément de mettre en évidence que ceci est le résultat de l’expulsion du droit auquel le graphisme, les logiciels, la programmation et la mise en réseaux se substituent.

 

À la lumière de cette analyse on serait tenté de se dire que nous allons entrer de manière irréversible dans le monde tiré de la science-fiction, dans lequel nous serons traités comme des robots, par des robots. Le système numérique et graphique robotise la justice qui devient digitale et traite les hommes sans âme ni intelligence au sens classique, imparfait et humain du terme, pour y substituer la perfection, l’exactitude, l’automatisme et tout ce qui fait la puissance de la technologie numérique.

 

Mais, et c’est le grand intérêt de la troisième partie de leur traité, les auteurs prennent le soin de soumettre cette justice digitale à l’interrogation de la justice humaine et symbolique. Ils dénoncent l’aspiration de l’humain par la complexité, le piège tragique du numérique en ce sens qu’il produit un système qui devient étranger aux éléments qui le constituent ; la situation est bien tragique parce que « ce sont les idées mêmes que l’on poursuit qui se font les artisans de notre faillite par une sorte de retournement du destin ». Un monde numérique qui n’a que le mot de communauté à la bouche alors que l’homme ne s’est jamais senti aussi seul … une société réticulaire qui évite les conflits mais engendre la violence… un système digital qui fait bon marché de l’inventivité humaine… Un système dans lequel le droit et le symbolique deviennent un luxe que l’on ne peut plus s’offrir collectivement. À tel point qu’on en arrive à « cette curieuse inversion : alors qu’autrefois disposer de la technique était un privilège réservé aux nantis pour se protéger des vicissitudes de la nature et de la violence des rapports sociaux, aujourd’hui parler avec des personnes en chair et en os et vivre dans la nature sans laisse électronique est en passe de devenir un privilège, les pauvres étant au contraire enfermés dans le cercle de la technique ». Mais précisément ne faut-il pas défendre la faillibilité des hommes ? Ils insistent sur le fait que la justice doit être défendue comme un risque à une époque qui n’a de cesse que de vouloir les réduire.

 

Et ils concluent, appelant au courage et à lucidité, qu’ils préfèrent l’idée de faillibilité de l’homme aux automatismes numériques. Nous partageons cet envoi plein d’espérance même si il ressemble à une voie non ouverte dans l’Annapurna de l’humanisme judiciaire !

 

Mais selon nous les auteurs ont perdu de vue un point capital et essentiel. Cette voie ne pourra être empruntée avec succès qu’à la condition de retrouver les exigences fondamentales, diverses et humaines de la justice–ce qu’ils rappellent en faisant référence à la définition de Justinien- et pour ce faire –c’est sur ce point que nous divergeons- en retrouvant le sens du droit. Leur ouvrage met en évidence le risque majeur d’expulsion du juste et du droit. Mais contrairement à la conception à laquelle ils se rallient trop facilement le droit n’est pas qu’un système juridique constitué à partir des lois. Le droit est la science du juste. Leur ouvrage démontre pourtant l’exigence de justice et la nécessité de la sauvegarder avec son humanisme, sa puissance symbolique et sa sacralité. Nous devons retrouver un sens du droit qui ne soit pas que l’accumulation des lois, mais qui soit cette science du juste que nous tirons de notre héritage gréco-romain mais aussi de grands philosophes du droit comme Michel Villey.

 

La grande question est : Qu’est-ce que le droit ? Le droit ne peut pas être digital s’il est le droit. Il n’est structurant, et donc à même de contrecarrer l’entreprise graphique et numérique, que s’il se donne pour objet de chercher à répondre au besoin de justice. C’est la clé de l’humanisme judiciaire. Seule cette conception retrouvée et renouvelée peut donner les moyens du courage auquel appellent les auteurs! C’est la seule voie qui permettra de se hisser au sommet de l’Annapurna de la Justice.

 


10/05/2018
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Le mystère du langage arme de la maîtrise de l'intelligene artificielle par l'humain

Le langage est un mystère qui se nourrit de compléxité. Dans un essai décapant Tom Wolfe tourne en dérision ceux qui ont tenté de l'élucider depuis Alfred Wallace.

 

A l'heure où nous le malmenons à force de vulgarités, d'anglicismes, de mépris des règles d'orthographe et de grammaire, ce livre mérite d'être signalé. Mais  l'avénement du langage des algorithmes souligne plus encore l'intérêt que nous devons porter à ce mystère du langage des humains et au fait qu'il ne soit pas élucidé. L'homme, et particulièrement les scientifiques buttent sur le mystère au fur et à mesure de leurs découvertes.

 

Les progrès de l'intelligence artificielle nous donnent l'impression qu'elle sait le lire, le décrypter, et le comprendre. En réalité elle ne parvient à ses fins qu'en le passant à la "moulinette" du codage, et/ou de l'imitation. Ce qui veut dire qu'elle en évite la profondeur, l'intelligence et la compléxité. Elle ne le pénétre pas comme chaque humain doit le faire pour être, pour comprendre, pour inventer et pour agir. En quelque sorte elle passe à côté, ou à travers mais pas "dedans".

 

D'où l'enjeu fondamental, en particulier, pour les juristes: imposer l'usage du langage, le préserver. Faire en sorte que l' "IA" reste un outil au service de nos intelligences qui se nourrissent, se structurent dans le ystère identifiant du langage indissociable de l'homme....

 

Notre langage sera notre arme, à moins que nous ne l'abandonnions pour nous soumettre aux calculs des algorithmes et au fonctionnement du "deep learning"!

 

 

 


22/04/2018
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Soumettre l'intelligence artificielle à l'humain, encore et toujours...

J’évoquais dans mon dernier billet les travaux de Jean Gabriel Ganascia, et la lancinante interrogation sur la singularité technologique. L’intelligence artificielle accédera-t-elle à l’autonomie par rapport à l’homme et le menacera-t-elle à plus ou moins court terme ? Joël de Rosnay aborde ce sujet dans différents ouvrages, en particulier dans « je cherche à comprendre… ».

 

Il y écrit que le défi pour l’humanité est « de se préparer à l’avènement d’un système qui se pense lui-même ». Il semble donc partager une crainte que Jean Gabriel Ganascia ne fait pas sienne. Il appelle à l’avènement d’une intelligence capable de contrôler l’intelligence artificielle et les robots…

 

Dans un précédent livre « La révolte du prolétariat… » Joël de Rosnay évoquait « les foules connectées en temps réels qui peuvent résoudre des problèmes complexes mieux que le meilleur des experts ». Il y a des pistes insoupçonnées que vont ouvrir les nouvelles technologies, en particulier en matière d’intelligence collective. Ce qui conduit selon lui dans son dernier livre à « mettre au point une intelligence augmentée collective, plutôt que de se limiter à une intelligence artificielle distincte et autonome assistant l’homme ». Comment ?

 

Joël de Rosnay affirme que « l’enjeu consiste à devenir encore plus humain ». C’est-à-dire très exactement ce qui constitue le fond de la pensée de Jean Gabriel Ganascia ! Joël de Rosnay  insiste et développe « ce qui est machinal doit pouvoir être fait par les machines, de façon à libérer dans notre cerveau des dimensions inexplorées » ; ce qu’il appelle la voie de l’hyperhumanisme opposé au transhumanisme. Une hyperhumanité qui sera pour lui hybride et symbiotique ; c’est-à-dire selon lui la voie d’une revalorisation de l’humain. Ce que je pense tout simplement comme étant la voie de la maîtrise… CQFD !

 


14/04/2018
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Peut-on démystifier l'intelligence artificielle?

Dans ses deux derniers livres « Le mythe de la singularité » et « L’intelligence artificielle vers une domination programmée », Jean Gabriel Ganascia apporte une contribution déterminante à notre nécessaire réflexion sur la nature, les capacités et les limites de l’intelligence artificielle.

 

Il y affirme à la fois ses capacités hors du commun et ses limites. Il la démystifie. Pour lui nous sommes face à un phénomène qui présente des caractéristiques empruntées aux gnoses. Il dénonce le fait que l’on nous invite à y « croire » alors que l’on ne croit pas à une science ; elle est et doit son existence à ses capacités techniques, objectives, opérationnelles, à l’inverse d’une religion.

 

Jean Gabriel Ganascia ne partage pas la croyance de plus en plus communément répandue et savamment entretenue par ceux-là mêmes qui la dénoncent…, en la singularité, et plus généralement en ce mythe d’une intelligence de la machine susceptible de se rebeller contre l’homme. Il dénonce le fait que les conditions seraient réunies pour créer de la conscience ou de la volonté au cœur du fonctionnement de l’intelligence artificielle. Non les machines n’ont ni conscience ni volonté propre. Et il explique en même temps que les machines n’ont d’ailleurs aucun besoin d’émotion, de conscience ou de volonté pour être intelligentes au sens que l’on donne à l’intelligence artificielle. Et, pour lui, ce n’est pas demain la veille….Pourquoi ? Comment ? Tout simplement parce qu’il est possible d’être intelligent au sens de l’IA, sans  comprendre ce que l’on dit ou fait…. C’est à ce point que son analyse est déterminante et éclairante. L’intelligence ainsi mise en œuvre consiste à relier « inter-legere » les masses de données, les big datas. Car ce sont les données, leur quantité et leur utilisation, qui nous dépassent et font le mythe et en tous les cas la puissance de l’IA ! C’est pour cela que l’on a besoin d’elle et de l’apprentissage machine. Tout est dans la puissance de la masse d’informations et des nécessités de leur traitement.

 

Le principe de fonctionnement de l’IA fut inventé par Turing dans les années 50 ; il s’agit de l’imitation, de la simulation de notre psychisme à l’aide d’une machine. Ce principe est toujours valable ; c’est lui qui est au cœur du système technologique virtuel.

 

Jean Gabriel Ganascia va encore plus loin en expliquant qu’il n’y a aucun lien entre la puissance de calcul des machines et leur capacité à simuler et à imiter. Cette puissance explique la capacité de traitement des big datas ; mais elle n’est pas à l’origine d’une éventuelle singularité et d’une possible autonomie de la machine ! C’est ici que s’immisce le mythe…la fausse croyance….la gnose artificielle ! La puissance qui crée le pouvoir de l’IA résulte de cette capacité de traitement et d’elle seule.

 

L’auteur, dont il faut garder en mémoire qu’il est avant tout un grand scientifique, explique encore que notre jugement est faussé par l’utilisation des heuristiques. L’IA  fonctionne en fonction d’intuitions alors que nous croyons en des postulats scientifiques…Vu qu’il est impossible à la machine de procéder à une exploration exhaustive de tout le champ des possibles. Les heuristiques sot un palliatif de notre intuition ; elles caractérisent selon lui l’approche scientifique de l’IA.

 

Et il insiste sur le fait que c’est l’ingénieur auteur de la configuration qui choisit le critère à optimiser dans le processus d’apprentissage par renforcement. D’où son affirmation du risque de déconnexion par rapport à la réalité. En effet, nous établissons des liens entre des réalités concrètes au moyen des abstractions formelles qui sont la marque de cette intelligence propre ; ces abstractions qui permettent le traitement et l’utilisation des données. Le mot intelligence vient autant de inter legere que de leg qui signifie choisir, cueillir, rassembler. Il affirme dès lors qu’il est nécessaire de réintroduire de l’humain dans le fonctionnement de la machine, n’hésitant pas à faire référence aux mises en garde du Pape Benoit XVI…

 

Voilà bien une réflexion décapante et revigorante qui nous conforte dans notre conviction que la voie de la maîtrise est possible en même temps que nécessaire. Le tout étant d’en identifier les clés et les moyens.

 


12/04/2018
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