AVOCATS 2.0

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Le mystère du langage arme de la maîtrise de l'intelligene artificielle par l'humain

Le langage est un mystère qui se nourrit de compléxité. Dans un essai décapant Tom Wolfe tourne en dérision ceux qui ont tenté de l'élucider depuis Alfred Wallace.

 

A l'heure où nous le malmenons à force de vulgarités, d'anglicismes, de mépris des règles d'orthographe et de grammaire, ce livre mérite d'être signalé. Mais  l'avénement du langage des algorithmes souligne plus encore l'intérêt que nous devons porter à ce mystère du langage des humains et au fait qu'il ne soit pas élucidé. L'homme, et particulièrement les scientifiques buttent sur le mystère au fur et à mesure de leurs découvertes.

 

Les progrès de l'intelligence artificielle nous donnent l'impression qu'elle sait le lire, le décrypter, et le comprendre. En réalité elle ne parvient à ses fins qu'en le passant à la "moulinette" du codage, et/ou de l'imitation. Ce qui veut dire qu'elle en évite la profondeur, l'intelligence et la compléxité. Elle ne le pénétre pas comme chaque humain doit le faire pour être, pour comprendre, pour inventer et pour agir. En quelque sorte elle passe à côté, ou à travers mais pas "dedans".

 

D'où l'enjeu fondamental, en particulier, pour les juristes: imposer l'usage du langage, le préserver. Faire en sorte que l' "IA" reste un outil au service de nos intelligences qui se nourrissent, se structurent dans le ystère identifiant du langage indissociable de l'homme....

 

Notre langage sera notre arme, à moins que nous ne l'abandonnions pour nous soumettre aux calculs des algorithmes et au fonctionnement du "deep learning"!

 

 

 


22/04/2018
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Soumettre l'intelligence artificielle à l'humain, encore et toujours...

J’évoquais dans mon dernier billet les travaux de Jean Gabriel Ganascia, et la lancinante interrogation sur la singularité technologique. L’intelligence artificielle accédera-t-elle à l’autonomie par rapport à l’homme et le menacera-t-elle à plus ou moins court terme ? Joël de Rosnay aborde ce sujet dans différents ouvrages, en particulier dans « je cherche à comprendre… ».

 

Il y écrit que le défi pour l’humanité est « de se préparer à l’avènement d’un système qui se pense lui-même ». Il semble donc partager une crainte que Jean Gabriel Ganascia ne fait pas sienne. Il appelle à l’avènement d’une intelligence capable de contrôler l’intelligence artificielle et les robots…

 

Dans un précédent livre « La révolte du prolétariat… » Joël de Rosnay évoquait « les foules connectées en temps réels qui peuvent résoudre des problèmes complexes mieux que le meilleur des experts ». Il y a des pistes insoupçonnées que vont ouvrir les nouvelles technologies, en particulier en matière d’intelligence collective. Ce qui conduit selon lui dans son dernier livre à « mettre au point une intelligence augmentée collective, plutôt que de se limiter à une intelligence artificielle distincte et autonome assistant l’homme ». Comment ?

 

Joël de Rosnay affirme que « l’enjeu consiste à devenir encore plus humain ». C’est-à-dire très exactement ce qui constitue le fond de la pensée de Jean Gabriel Ganascia ! Joël de Rosnay  insiste et développe « ce qui est machinal doit pouvoir être fait par les machines, de façon à libérer dans notre cerveau des dimensions inexplorées » ; ce qu’il appelle la voie de l’hyperhumanisme opposé au transhumanisme. Une hyperhumanité qui sera pour lui hybride et symbiotique ; c’est-à-dire selon lui la voie d’une revalorisation de l’humain. Ce que je pense tout simplement comme étant la voie de la maîtrise… CQFD !

 


14/04/2018
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Peut-on démystifier l'intelligence artificielle?

Dans ses deux derniers livres « Le mythe de la singularité » et « L’intelligence artificielle vers une domination programmée », Jean Gabriel Ganascia apporte une contribution déterminante à notre nécessaire réflexion sur la nature, les capacités et les limites de l’intelligence artificielle.

 

Il y affirme à la fois ses capacités hors du commun et ses limites. Il la démystifie. Pour lui nous sommes face à un phénomène qui présente des caractéristiques empruntées aux gnoses. Il dénonce le fait que l’on nous invite à y « croire » alors que l’on ne croit pas à une science ; elle est et doit son existence à ses capacités techniques, objectives, opérationnelles, à l’inverse d’une religion.

 

Jean Gabriel Ganascia ne partage pas la croyance de plus en plus communément répandue et savamment entretenue par ceux-là mêmes qui la dénoncent…, en la singularité, et plus généralement en ce mythe d’une intelligence de la machine susceptible de se rebeller contre l’homme. Il dénonce le fait que les conditions seraient réunies pour créer de la conscience ou de la volonté au cœur du fonctionnement de l’intelligence artificielle. Non les machines n’ont ni conscience ni volonté propre. Et il explique en même temps que les machines n’ont d’ailleurs aucun besoin d’émotion, de conscience ou de volonté pour être intelligentes au sens que l’on donne à l’intelligence artificielle. Et, pour lui, ce n’est pas demain la veille….Pourquoi ? Comment ? Tout simplement parce qu’il est possible d’être intelligent au sens de l’IA, sans  comprendre ce que l’on dit ou fait…. C’est à ce point que son analyse est déterminante et éclairante. L’intelligence ainsi mise en œuvre consiste à relier « inter-legere » les masses de données, les big datas. Car ce sont les données, leur quantité et leur utilisation, qui nous dépassent et font le mythe et en tous les cas la puissance de l’IA ! C’est pour cela que l’on a besoin d’elle et de l’apprentissage machine. Tout est dans la puissance de la masse d’informations et des nécessités de leur traitement.

 

Le principe de fonctionnement de l’IA fut inventé par Turing dans les années 50 ; il s’agit de l’imitation, de la simulation de notre psychisme à l’aide d’une machine. Ce principe est toujours valable ; c’est lui qui est au cœur du système technologique virtuel.

 

Jean Gabriel Ganascia va encore plus loin en expliquant qu’il n’y a aucun lien entre la puissance de calcul des machines et leur capacité à simuler et à imiter. Cette puissance explique la capacité de traitement des big datas ; mais elle n’est pas à l’origine d’une éventuelle singularité et d’une possible autonomie de la machine ! C’est ici que s’immisce le mythe…la fausse croyance….la gnose artificielle ! La puissance qui crée le pouvoir de l’IA résulte de cette capacité de traitement et d’elle seule.

 

L’auteur, dont il faut garder en mémoire qu’il est avant tout un grand scientifique, explique encore que notre jugement est faussé par l’utilisation des heuristiques. L’IA  fonctionne en fonction d’intuitions alors que nous croyons en des postulats scientifiques…Vu qu’il est impossible à la machine de procéder à une exploration exhaustive de tout le champ des possibles. Les heuristiques sot un palliatif de notre intuition ; elles caractérisent selon lui l’approche scientifique de l’IA.

 

Et il insiste sur le fait que c’est l’ingénieur auteur de la configuration qui choisit le critère à optimiser dans le processus d’apprentissage par renforcement. D’où son affirmation du risque de déconnexion par rapport à la réalité. En effet, nous établissons des liens entre des réalités concrètes au moyen des abstractions formelles qui sont la marque de cette intelligence propre ; ces abstractions qui permettent le traitement et l’utilisation des données. Le mot intelligence vient autant de inter legere que de leg qui signifie choisir, cueillir, rassembler. Il affirme dès lors qu’il est nécessaire de réintroduire de l’humain dans le fonctionnement de la machine, n’hésitant pas à faire référence aux mises en garde du Pape Benoit XVI…

 

Voilà bien une réflexion décapante et revigorante qui nous conforte dans notre conviction que la voie de la maîtrise est possible en même temps que nécessaire. Le tout étant d’en identifier les clés et les moyens.

 


12/04/2018
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Mon livre : L'Avocat face à l'intelligence artificielle

Mon livre sur l'avocat face à l'intelligence artificielle est en cours de publication. Il sera en vente en numérique et en version papier d'ici la fin de cette semaine. Je vous adresserai le lien pour vous permettre de le commander.

Dans cet essai j'analyse la nature des bouleversements provoqués par l'immixtion de l'intelligence artificielle sur l'exercice de la profession d'avocat. Pour les identifier et les comprendre, j'interroge la philosophie générale, la philosophie du droit, l'histoire, les sciences humaines et les sciences informatiques. C'est à la lumière de cet éclairage que je propose des pistes de réflexion pour une maîtrise moderne de ces outils et une exploration des moyens à mettre en œuvre ainsi que des chemins à emprunter. L'optique n'est ni restrictive, ni négative. Elle refuse pour autant l'aveuglement et l'engagement irraisonné dans une aventure aussi exaltante qu'inquiétante. Ni idéologie du progrès, ni refus de ce dernier,  mais une mise en œuvre réaliste et professionnelle au service du renouvellement de la mission de l'avocat. Car l'avocat est aussi unique que nécessaire dans un monde complexe, technologique et connecté. Quel sera le visage d'un avocat toujours défenseur, conseil et maître en humanités? Une gageure....

 

 

J'espère vous compter parmi mes lecteurs et que ce soit l'occasion d'un beau débat!

 

 


08/04/2018
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Quelle éthique pour le numérique?

Quelle éthique pour le numérique ? Déjà Azimov s’était posé la question. Il y avait répondu avec ses fameuses lois qui sont toujours d’actualité. Faut-il plus ? Certains ont lancé l’idée d’une éthique, et bien sûr de chartes puis d’un comité d’éthique. Dans le principe, pourquoi pas, mais encore faut-il définir ce qu’on entend par là et ce que l’on veut en faire….

 

Cédric Villani y consacre l’une des parties de son rapport DONNER UN SENS A L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE. La dernière newsletter de la Revue prospective et de l’innovation du CNB y consacre l’un de ses billets. Nous savons par ailleurs qu’Alain Bensoussan, notre confrère spécialisé dans le droit des robots, a engagé une réflexion, pour ne pas dire un combat…, pour la responsabilité des robots ; ce qui pose la problématique de l’éthique. Les avocats enfin sont au cœur de ce sujet, eux dont l’exercice professionnel est cadré par une déontologie faite de règles inspirées de morale ; une morale dont l’éthique est la science si l’on se réfère à sa définition….

 

Mais force est de reconnaître que pour autant nous ne quittons pas les terrains sablonneux de l’incertitude, des vœux pieux et des bonnes intentions…. Les valeurs sont convoquées, bien sûr… Le respect de règles comportementales, de normes sociales… La protection de la liberté individuelle et des droits de la personne… ; mais il manque une boussole.

 

Alain Bensoussan déjà cité, prône une reconnaissance de la personnalité des robots et donc de leur responsabilité. Il écrit : « avec l’introduction de l’intelligence artificielle, la robotique non plus ne pourra être encadrée par la seule norme juridique et la composante éthique revêt un caractère essentiel ».

 

La nécessité de l’éthique vient bien de la possibilité d’une autonomie du robot et de son intelligence artificielle, avec le spectre de la singularité. Nécessité qui doit être tempérée par le fait que l’autonomie reste soumise au pouvoir de l’homme, ce dernier conservant la possibilité d’appuyer sur le bouton « marche-arrêt »…. Il reste qu’en soi l’éthique demeure une exigence justifiée.

 

De manière symptomatique aucun de ceux que nous avons cités ne la définit ni même n’en donne les rudiments ou les fondements !.... Alors de quoi parle-t-on ? Quelles règles va-t-on définir grâce à elle ? Se gargariserait-on d’un mot qui serait vidé de sens et que l’on utiliserait comme une sorte de caution morale ?

 

Le droit et l’éthique sont convoqués pour  relever les défis moraux des progrès de la robotique et de l’intelligence artificielle. Mais il ne s’agit peut-être par ce biais pour les tenants du développement de l’autonomie que de suivre le mouvement, de l’accompagner, de rendre possibles toutes les évolutions, tous les progrès et en même temps toutes les ruptures. On est dans la gestion, que dans la gestion…

Il me vient à l’esprit que la première question est celle de la dépendance de l’intelligence artificielle par rapport à l’humain. Règle de base, essentielle ! La première règle éthique n’est-elle pas précisément de poser ce principe de manière cardinale ?

 

Vient ensuite la question de l’anthropologie que nous devons mettre au cœur d’une entreprise dont il n’est pas concevable qu’elle se retourne contre celui qu’elle est censée servir…. ; ce qui nous ramène à Azimov !

 

Enfin, ne faut-il pas se décider à revenir au « gros mot » de morale, celui dont l’éthique est la science…, pour définir les règles fondamentales à respecter dans la mise en œuvre de ce qui doit rester un outil….. L’éthique n’est pas simplement, et avant tout de mettre l’homme l’homme au cœur et au centre de l’œuvre ? Reste dès lors à définir l’homme ce qui nous renvoie à la morale…. CQFD !....

 

Pour conclure, essayons de bannir les grands mots, de ne pas renvoyer à je ne sais quel comité le soin de définir ce qui l’est déjà, attachons-nous à développer une entreprise anthropologique en utilisant tout ce que notre spécificité d’hommes nous permet de concevoir, de comprendre et de faire, en refusant de nous retrancher derrière les progrès de la science, quels qu’ils soient, pour accepter ce qui ne devrait pas l’être…

 

 

 

 

 


04/04/2018
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Porjet de loi pour une Justice du XXI° siècle à marche forcée...Justice en préril?

La justice du XXIe siècle est « en marche » ! Quelle sera son visage ? Un projet de loi du gouvernement veut le dessiner à marche forcée.

 

Les avocats protestent ! A raison d’une part compte de remises en cause inacceptables de droits fondamentaux des justiciables et d’autre part compte tenu de la méthode de concertation mise en œuvre à l’image de ce qui se pratique depuis près d’un an maintenant en France.

 

L’heure du grand bouleversement semble sonner pour notre pays. Celui-ci touche notre économie mais aussi les structures mêmes de notre société et de notre État de droit. La justice est donc concernée ; comment pourrait-il en être autrement ?

 

Le contexte n’est pas favorable aux avocats.

 

Les français n’aiment ni l’institution judiciaire, ni ses auxiliaires que sont les avocats, sauf lorsqu’ils ont besoin d’eux, et encore… Ce n’est pas nouveau. Les Plaideurs de Racine ont eu le succès que l’on sait ; Rabelais n’avait pas été en reste ; La Fontaine croqua un Raminagrobis auquel les avocats sont aujourd’hui assimilés dans l’esprit du commun des mortels, tant ils considèrent que ces derniers s’enrichissent sur le dos de leurs malheurs. Cela ne changera sans doute pas… ; cela ne peut pas changer tant la Justice se nourrit d’attentes et de déceptions.

 

Le Président Emmanuel Macron ne nous aime pas non plus. Il l’avait déjà montré du temps où il était ministre. Pour lui, derrière les postures de circonstances, les avocats sont des acteurs économiques comme les autres, un point c’est tout. Tout Jupiter qu’il veut être, sa conception de l’Etat ne reconnait pas ce pouvoir judiciaire qui a trop de restes de ses origines religieuses et chrétiennes. La Justice doit être rationalisée, efficace, moderne, compétitive, privatisée tant que cela est possible, bien sûr digitalisée, et pourquoi pas ubérisée ! Mais elle n’accomplit pas une mission supérieure, ni bien sûr sacrée, faisant de ses auxiliaires des professionnels autres que de simples acteurs sociaux.

 

Comme de précédents projets, celui-ci comporte bien des aspects inacceptables. Les avocats et leurs représentants ont raison de protester et de s’y opposer. Il n’est donc pas question ici de se désolidariser d’un mouvement qui reste corporatiste même si il met légitimement en avant l’intérêt premier des justiciables et les exigences d’un fonctionnement satisfaisant de l’institution judiciaire.

 

Pour autant, nous savons d’ores et déjà qu’une loi sera votée, que nous aurons tout fait pour modifier, amender, améliorer ou à tout le moins rendre moins pernicieuse ; comme les précédentes… car, il y a un fil rouge, qui relie une a une comme les maillons d’une même chaîne, les modifications déjà intervenues et à venir. Elles sont le reflet de l’évolution en profondeur de notre système juridique et social.

 

Il n’est pas question ici non plus de prôner la révolution, même si certains peuvent la souhaiter ou la penser inéluctable. Par contre, sauf à rester des bouchons ballottés sur une mer perturbée, les avocats doivent impérativement, et enfin…, s’interroger sur ce que peuvent et doivent devenir leur profession, leur mission. Il me sera répondu que ce n’est pas l’heure. Je pense au contraire que c’est précisément le moment de prendre conscience des enjeux, de les proclamer et de se décider à les affronter.

 

Il y a au moins une chose de vrai dans la présentation du projet de loi ; la Justice du XXIe siècle est à imaginer et à organiser. Il ne faut à aucun prix que demain, après les manifestations, une fois qu’un texte aura été voté, comme les fois précédentes, nous reprenions notre « train-train », le cours de nos activités comme si de rien n’était ! Et c’est ce qui risque de se passer, par nécessité ; il faut vivre !....

 

Au risque d’insister et de donner l’impression de me répéter, nous devons susciter et organiser une réflexion collective sur ce qui point à l’horizon. Les évolutions contenues dans l’actuel projet de loi sont une plaisanterie à côté de ce qui va arriver ! Voulons-nous ménager quelques années d’exercice de ce qui restera de ce métier que nous aimons ou voulons-nous participer à la grande et exaltante entreprise de la définition du rôle rénové de l’avocat dans le monde des datas, des algorithmes, de l’intelligence artificielle et du deep learning ? Qu’allons-nous faire de la nécessaire réponse au besoin de justice ? Que ferons-nous du conseil plus que jamais nécessaire dans ce monde toujours plus complexe, envahi de techniques et de réglementations ? Que deviendra l’art du procès, au civil comme au pénal ? Qu’allons-nous faire du langage fondateur du droit face à la moulinette algorithmique ?  Allons-nous sacrifier le syllogisme judiciaire sur l’autel de la justice prédictive ? Que proposons-nous pour renouer les liens de la confiance avec les justiciables ? Quel humanisme allons-nous offrir à nos concitoyens ? Quelle sera notre conception anthropologique face à l’homme augmenté, à l’humanoïde et toutes leurs déclinaisons ?

 

Qui sera notre Cicéron ?

 

Il serait temps de se réveiller, d’ouvrir les yeux, de prendre acte des ruptures en train de se préparer et de travailler ensemble, avec le concours de ceux qui se donnent la peine de réfléchir aux incidences de ces mutations. Ils ne nous attendrons pas longtemps….

 


18/03/2018
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Ni technophile, ni technophobe mais technocritique!

Article passionnant paru dans VAR MATIN de ce 10 mars: une interview d'un directeur de recherches en neurosciences computationnelles Thierry Vieville, à l'occasion de la semaine du cerveau dans les Alpes-Maritimes du 9 au 16 mars. Ses mises au point sont très claires et utiles.

 

La différence entre le cerveau humain et l'ordinateur. Le premier est d'une compléxité inégalable par le second qui à l'inverse est beaucoup plus rapide. Le cerveau est plus résistant aux pannes; il ne "bug" pas lui et pallie naturellement aux accidents cérébraux...

 

Pour T. Vieville c'est dans leurs DIFFERENCES que l'on a à apprendre....

 

Il faut rendre les choses bêtes pour les faire faire par une machine! ... "évacuer la pensée du calcul"!!! Point capital; véritable clé de compréhension et d'adaptation au phénomène...

 

Nous sommes aveulgés par le fantasme du robot humanisé qui remonte au Golem. Mais lorsqu'on nous présente un fonctionnement autonome au lieu de réagir en se disant "qui est là?", la question à se poser est "quoi est là?".

 

Le mythe de l'IA n'est pas de la science c'est de la pseudo-science; le tout est d'être conscient que nous sommes en train de créer une divinité. Et T. Vieville souligne que c'est l'attitude des GAFAM qui est inquiétante en nourissant la peur des robots méchants ou dangereux et en installant des systèmes intrusifs qui se substituent à nous et prennet des décisions de plus en plus importantes.

 

A propos du rêve transhumaniste qui se cache derrière l'augmentation de l'humain il rappelle qu'il n'est pas nouveau et que ceux qui vont au bout de cette démarche flirtent avec les pires idéologies de l'humanité.

 

Pour conclure il insiste sur la nécessité de comprendre comment marche l'IA, faute de quoi nous ne pourrons pas choisir... Comprendre le numérique! Il s'agit de n'être ni technophile ni technophobe mais technocritique.

 

Voilà qui est dit et bien dit!

 

Voici le lien vers son blog dont je recommande la lecture: http://www.scilogs.fr/intelligence-mecanique/author/vthierry/

 


10/03/2018
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L'homme contre l'intelligence articielle ou l'homme avec l'intelligence artificielle?

Les médias ne cessent de se répandre sur la robotisation de nos sociétés, le Trans humanisme et l'avènement futur des cyborgs. Cela hante nos vies personnelles comme professionnelles. Nous-mêmes sur ce blog nous nous interrogeons sur l'avenir des professions de la Justice, en particulier des avocats, avec l'avènement et les progrès fulgurants  et exponentiels de l'intelligence artificielle notamment dans le domaine juridique.

Le magazine "l'essentiel de la science" propose un numéro très intéressant  (n° 40 février, mars, avril 2018) sur le thème " l'intelligence artificielle va-t-elle supplanter le cerveau humain"? Tout y est passé en revue à la lumière des dernières innovations, avec un certain nombre de réflexions intéressantes sur les enjeux humains du phénomène.

 

Ces articles font ressortir la question fondamentale du possible dépassement et la clé de la réponse à y apporter. La maîtrise. L'homme reste le donneur d'ordres. Qui y a-t-il derrière ces progrès ? Les hommes et les femmes qui les mettent au point. Ce sont encore eux qui programment, qui imaginent, qui impulsent! Sans eux il n'y aurait pas d'ordinateurs, ni d'intelligence artificielle... Et à ce jour encore, en l'état des données de la science, la singularité est encore un vœu ou un cauchemar, selon le point de vue adopté....

 

Dans un précédent billet nous évoquions le fait que pour certains penseurs la question se pose de savoir si ce n'est pas l'intelligence humaine qui ressemble à sa créature: l'IA....; ce qui signifierait que nous serions face à un phénomène qui ne nous est pas étranger. L'IA n'étant finalement que la mise en œuvre de découvertes d'une intelligence existante, préexistante, que nous découvrons mais que nous n'inventons pas, que nous ne créons pas!

 

La maîtrise n'est donc pas impossible. Rien de ce qui est soi-disant artificiel ne nous est étranger. L'inverse signifierait alors, comme le craint le célèbre astrophysicien Stephen Hawking, que l'IA serait la fin de l'humanité! Scénario pessimiste qui procède d'une peur absolue et incontrôlée face à l'ampleur abyssale des capacités de l'intelligence, elle-même à la mesure de la complexité de l'univers.

 

Pour notre part, nous persistons à croire que l'homme doit et peut rester maître de tous les progrès en cours et à venir. L'homme n'a-t-il pas été créé pour dominer la création, à la condition de la respecter?

 

Il nous apparait à cet égard que l'une des meilleures illustrations de la "positive attitude" a été fournie par la réaction de Kasparov le champion d'échecs lorsqu'il fut battu par l'ordinateur DEEP BLUE. Le champion russe considéra à juste titre et avec bon sens que l'ordinateur pouvant le battre, s'il s'alliait à lui, il pourrait battre un autre ordinateur aussi puissant! Et il en fit la démonstration....

 

A nous de nous allier à l'IA! Tel est le challenge qui nous est proposé....

 

 

 

 


08/03/2018
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Intelligence humaine et intelligence articielle

Face à l’intelligence artificielle nous sommes écartelés entre la peur et la fascination. L’une comme l’autre nous empêchent d’en maîtriser les évolutions. Nous sommes soit paralysés par la peur, soit hypnotisés par la fascination. Le résultat est que nous subissons les progrès incessants de l’informatisation, qui quoi que nous puissions vouloir ou désirer transformeront nos modes de vie, de pensée et d’action.

 

Tel est le nœud philosophique que nous devons comprendre et parvenir à défaire, faute de quoi les GAFA qui tirent toutes les ficelles de ce développement exponentiel pourront nous asservir. Certains n’hésitent pas d’ailleurs à prédire une troisième guerre mondiale informatique et virtuelle dont les humains seraient les victimes. La vie n’est-elle pas une course incessante animée par la volonté de domination de l’homme sur ses congénères ?

 

Dans une interview récemment donnée à la revue USBEK & RIKA la philosophe Catherine Malabou nous apporte un très intéressant éclairage. Refusant l’agitation des peurs elle invite à la nécessité de comprendre la complexité ; rejetant ainsi les analyses de Laurent Alexandre ou de Harrari qu’elle accuse à juste titre de surfer sur les peurs. Elle dénonce le fait que de nombreux intellectuels ou philosophes réagissent face aux progrès de l’intelligence artificielle en défendant leur pré carré, refusant de se remettre en cause, insistant sur le fait que le propre de l’homme doit être de se remettre en cause et pourquoi pas de se réinventer. Revoyant elle-même ses analyses antérieures elle souligne que l’intelligence artificielle ne serait qu’un développement de notre intelligence dont nous devrions accepter de revoir le mode de fonctionnement. Celle-ci ne reste-t-elle pas encore un immense mystère ? Elle rejoint ainsi l’une des idées développées par Mark Alizart dans son livre « L’INFORMATIQUE CELESTE » qui affirme que l’intelligence humaine imite l’intelligence artificielle et non l’inverse ! Pour lui loin d’être un outil l’informatique est notre milieu. Elle nous renvoie à nous-mêmes. Et si l'intelligence artificielle n'était au fond que le miroir de celle de l'homme?

 

Nous avons l’obligation de nous remettre en cause face à des progrès dont nous avons le devoir et la responsabilité de faire quelque chose si nous voulons rester acteurs de nos vies et de notre avenir. Ces deux auteurs apportent un éclairage nouveau et rassurant, en même temps que passionnant et exaltant. Dans ce monde où tout n’est qu’information, le savoir changerait de statut. Ainsi l'intelligence artificielle, et sa perspective de singularité qui nous hante, pourraient-elles bien n'être que l’expression de notre propre complexité. Elles ne nous seraient pas contraires. Elles ne seraient pas annonciatrices d’une opposition entre l’homme et la machine et la seule technique. Mark Alizart se situant dans le prolongement des travaux de Babbage, considère d’ailleurs que l’informatique, et donc l’intelligence artificielle, sont organiques et qu’elles ne sont pas mécaniques.

 

Pour nous affranchir de la peur et de la fascination, nous devons en conséquence revoir notre conception de notre propre intelligence comme nous y invite Catherine Marabou ; ce qui ne signifie pas à l’inverse que nous devrions renoncer à nous en servir face aux progrès de l’intelligence artificielle, comme certains voudraient nous en convaincre !

 

Voilà qui est donc bien à la fois rassurant et passionnant et nous conforte dans la réflexion que nous avons engagée par rapport aux enjeux de l’évolution des professions du droit, de la justice et particulièrement de la profession d’avocat. Il y a une place pour l’humain dans le monde demain qui ne sera pas gouverné par les robots si nous prenons notre destin en mains. Ne nous arc-boutons pas sur les outils du passé. Mais ne renonçons pas pour autant à défier l’avenir avec les sciences de l’humain et la passion de son service ! Telle est la gageure !

 

 


01/03/2018
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L'avocat acteur de demain

L’intelligence artificielle chamboule tout sur son passage, sans rien laisser en dehors de son champ d’action. Son immixtion dans le domaine du droit et de la justice invite ses professionnels, et en particulier les avocats, à relever des défis d’un ordre spécifique, original.  Ils ont en effet la responsabilité particulière, sans doute essentielle, d’offrir des solutions que par pessimisme, fatalisme et manque de réflexion nous ne voyons pas poindre à l’horizon de la prospective communément partagée. Pourquoi ?

 

Le droit est l’objet de la justice. Il a un rôle traditionnellement structurant dans la société. Nos systèmes républicains et démocratiques, à vocation interventionniste, l’ont dénaturé. Il est devenu un outil politique, institutionnel. Il est réduit à la constitution d’un corps de règles, de lois, de règlements et de normes toujours plus détaillés, complexes et techniques. Ce faisant il a laissé de côté, pour ne pas dire oublié, voire renié sa vocation initiale et fondatrice d’être la science de la satisfaction du besoin de justice ; la justice est en passe de n’être plus que la justice sociale, économique ou écologique préemptées par le pouvoir politique. Ceci est si vrai que toute injustice n’entraîne en priorité que des réponses politiques par la promulgation de lois, de règlements, de normes, la plupart du temps suscités par l’autorité médiatique, omniprésente et toute puissante. La réponse judiciaire est galvaudée, méprisée, critiquée, subie, trop tardive, imparfaite. Elle est devenue une sorte de mal nécessaire qui n’apporte plus l’épanchement de la soif de justice du peuple.

 

Nous vivons donc au cœur d’un univers réglementé, dont la complexité est croissante. Ce cadre légal, qui rend absurde l’adage toujours en vigueur que « nul n’est censé ignorer la loi » est lui-même et de ce fait source d’injustices nouvelles et supplémentaires, tant sa connaissance, sa maîtrise et son respect sont devenus difficiles et réservés à des spécialistes.

 

Cette complexité moderne propre à notre modernité a progressivement vu le jour en même temps que le développement de la technique, puis de la technologie, maintenant de l’intelligence artificielle, et demain de la singularité technologique dont le spectre hante tous les esprits. Cette conjonction historique ne doit rien au hasard.

 

Deux complexités cohabitent ainsi et influent chaque jour un peu plus sur nos modes de vie et nos existences. La seconde parachève en quelque sorte l’œuvre de la première, avec une sorte de complicité fonctionnelle. Or la caractéristique de la seconde, par rapport à laquelle de grands esprits comme Jacques Ellul, Alain Supiot ou Pierre Musso nous ont mis et nous mettent en garde, a ceci de spécifique et de nouveau qu’elle procède de ruptures fondamentales et potentiellement fondatrices d’un ordre qui n’est pas nécessairement synonyme d’un monde meilleur, même s’il se pare des habits attrayants de la nouveauté et du progrès.

 

Ces ruptures technologiques et virtuelles atteignent les éléments fondateurs du droit tels que nous les ont légués les grecs et les romains, mais aussi les rédacteurs des codes Napoléon à commencer par Portalis. Il s’agit du langage, du raisonnement – le syllogisme du juriste – ainsi que tous les véhicules de l’humanisme.

 

L’avocat est au cœur de ce chamboulement au double visage. Il l’est à un triple titre. Tout d’abord en sa qualité d’auxiliaire de justice puisque c’est l’une de ses missions ; son rôle y est essentiel ; il doit l’imposer. Ensuite en sa qualité de professionnel du droit et pas seulement de la technique d’interprétation des lois et des règlements ou encore des normes, mais par ce qu’il maîtrise l’art du procès. Enfin, en sa qualité de conseil du citoyen et du justiciable confronté à son quotidien et à cette complexité juridique, administrative, sociale, institutionnelle et technologique.

 

L’avocat est de ce fait investi d’une mission particulière. Bien sûr doit-il maîtriser l’outil informatique et en particulier l’intelligence artificielle, ainsi que tous les nouveaux modes de communication. Mais le tableau que nous venons de dresser met en évidence qu’il a une responsabilité particulière, d’un autre ordre. Acteur du droit il lui appartient de lui redonner son sens, son rôle et sa fonction, envers et contre tout. Il doit rechercher les moyens d’inventer, de créer, d’innover, de transformer les ruptures en cours afin d’en éviter les effets négatifs ; il doit encore revendiquer le respect des libertés fondamentales mises en cause par un système dont les complexités sont l’arme absolue.

 

Pour ce faire il doit utiliser les moyens de l’intelligence artificielle, la science des lois et des règlements, bien sûr, mais aussi la force du langage, du syllogisme, de l’épistémologie, de la rhétorique, de l’humanisme, bref de tout ce qui peut et doit créer le lien et la civilisation afin d’apporter les suppléments d’âme, de conseil et de structure qui font défaut. Il doit utiliser les ressources de ce monde nouveau, les retourner au profit de ceux dont il doit reconquérir la confiance

 

S’agit-il d’une entreprise passéiste, de simple résistance ? Si tel devait être le cas, le combat serait perdu d’avance. Non cet avocat-là est moderne, d’une absolue modernité. Il faut l’inventer, le faire renaître au cœur de la confusion ambiante. Telle est la gageure ! C’est ce à quoi nous devons nous atteler d’urgence avec la force de la conviction et de l’imagination qui n’ont jamais manqué à cet acteur irremplaçable qui exerce le plus vieux métier du monde. La défense et le conseil, dont le dernier homme sur terre aura encore besoin, lui survivront, quoi qu’il arrive….

 

 

 


11/02/2018
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