AVOCATS 2.0

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Ciceron maître de l'intelligence artificielle?

Si Cicéron pouvait nous aider à imaginer les chemins de la sagesse face aux progrès de l’intelligence artificielle ? A propos de :

 

 

L’intelligence artificielle n’est que le simulacre de notre intelligence ; elle en est un ersatz. Nul ne sait, nul ne peut affirmer, nul ne peut garantir quand elle atteindra ce qu’il est convenu d’appeler la singularité technologique, ce stade où la machine égalerait l’homme pour le dominer, pour lui échapper.

 

Dans cette affaire la seule question qui vaille est celle de la maîtrise. Inverser le sens de la maîtrise. Refuser la domination de l’homme par la machine. Revendiquer son exact inverse.

 

Tous les progrès, les algorithmes, les datas, les réseaux ne sont que des instruments. Des instruments créés par l’homme. Derrière le mythe de l’intelligence artificielle se cache la fascination de l’homme pour la domination. Plutôt que d’entretenir la crainte, la peur, qui sont des défauts de la nature humaine, nourris d’inquiétude et d’angoisse c’est-à-dire des maladies de l’âme telles que les décrit Cicéron, avec courage, cette vertu décortiquée et magnifiée par les analyses du grand philosophe et avocat romain, nous devons affronter notre destin, notre existence pour être et, s’agissant de la justice, pour participer activement à son œuvre.

 

Nous sommes une fois encore aveuglés par la technologie et la puissance qu’elle nous donne qui nous permet de manœuvrer la nature, comme nos concitoyens. Cette histoire est vieille comme le monde.

 

Malgré tout ce que nous pouvons penser, et ce que l’on nous donne à croire, il n’y a rien de nouveau dans les défis que nous lance l’intelligence artificielle que nous avons créée de nos propres cerveaux.

 

Même si l’accélération et la sophistication des moyens mis en œuvre ont de quoi provoquer l’affolement, la panique et le renoncement, l’outil ne peut pas créer une situation irréversible pour l’homme, sauf pour celui-ci à renoncer…

 

Notre vie sociale et politique n’a de sens que si l’homme reste en son centre, s’il recherche son bien et de ce qui est juste pour lui. Ce bien et cette justice ne peuvent être arbitrés de manière automatique ou mathématique. Ils sont irréductibles au calcul.

 

Voilà pourquoi au-delà de tous les aspects purement techniques du travail que nous devons entreprendre dans cette aventure aux allures de gageure, il nous appartient de replonger notre esprit et notre intelligence dans ce qui fait la sagesse, elle qui est l’objet de la philosophie.

 

Rien de ce qui est humain ne nous est étranger. Or tout ce qui est humain est étranger à la technique.

 

Ces réflexions me sont venues après la lecture d’un petit livre aux allures de chef-d’œuvre. Un dialogue défiant le temps et faisant revivre cet immense avocat que fut Cicéron, un homme aux mille talents dont les leçons sont aussi actuelles qu’éternelles. Ce petit livre a été écrit par notre confrère Jacques Trémolet de Villers. Je vous invite à le lire, lui qui vous invite en conclusion de sa méditation, à relire Cicéron…

 

Et si Cicéron et la sagesse à laquelle il nous invite détenaient les clés pour relever le défi que nous nous sommes lancés ?

 


20/05/2018
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"Lex humanoïde": Un roman de juridique-fiction qui éclaire la réalité

La lecture du roman de notre confrère Pierre Janot « Lex humanoïde, des robots et des juges » éclaire le débat provoqué par l’évolution de la Justice face au développement des technologies virtuelles. Débat illustré récemment par la publication du livre d’Antoine Garapon « Justice digitale » ainsi que par notre propre essai « L’avocat face à l’intelligence artificielle ».

 

Le livre d’Eric Janot est un roman de science-fiction. Sauf que les datas et les algorithmes frappent déjà à nos portes et particulièrement à celles de l’enceinte judiciaire. Tout s’accélère…

 

Le débat sur la justice digitale est celui du pouvoir ; le pouvoir de la machine ou des hommes ? Au moyen de démonstrations scientifiques Antoine Garapon insiste sur la profondeur et l’ampleur du pouvoir que la machine est susceptible de prendre, à cause et au moyen de la disruption que provoquent le langage graphique, le numérique, les datas et les nouvelles technologies. Mais, nous savons en même temps que l’âge de la singularité technologique n’est pas encore pour demain. Personne ne peut affirmer que celle-ci sera possible ; et si elle doit l’être un jour, nul ne sait quand. Or la singularité est précisément ce moment charnière où l’intelligence artificielle deviendra intelligente, au sens humain du terme. C’est le moment où la machine serait susceptible de prendre le pouvoir sur l’homme ; le moment où elle ne sera plus seulement artificielle….

 

Jusqu’à maintenant, quel que soient sa complexité, ses performances, sa puissance de connexion, elle reste un outil ; elle demeure soumise au pouvoir des hommes. D’où la nécessité pour ces derniers de se doter des moyens de maîtriser la machine et, comme nous l’avons écrit quant à nous, pour les juristes, les auxiliaires de justice et les juges de renouveler la science du droit afin que celle-ci ne soit pas réduite à la mise en œuvre purement technique, automatisée et déshumanisée de textes de loi.

 

Et c’est sur ce point que le roman de notre confrère Pierre Janot apporte un éclairage fondamental ; la force des romans est de nous mettre en situation. Les hommes qui conçoivent et utilisent les ordinateurs nous persuadent de leur pouvoir alors que le stade de la singularité n’est pas atteint; ils nous font croire en un pouvoir qu’ils n’ont pas. Il y a plusieurs raisons à cela: la puissance technologique tout d’abord qui nous aveugle et nous éblouit, la soif de pouvoir des hommes ensuite qui nous trompe et enfin le mythe entretenu par tous ceux qui promeuvent cette science technologique et virtuelle et qui abusent ainsi de notre crédulité.

 

Ce roman met en scène toute la complexité, l’ingéniosité, la cupidité et la malignité des moyens utilisés par les hommes pour installer leur pouvoir derrière la machine. Il démontre notamment comment la programmation et la mise en œuvre de tous les outils virtuels, jusqu’y compris à travers la remise en cause d’un système de justice automatisée, peuvent donner aux hommes les moyens d’installer leur pouvoir.

 

La conclusion ? Tout est ouvert. Comme ce roman le met en évidence, la question ne relève pas d’une lutte manichéenne entre anciens et modernes, entre « pour » et « contre », entre rétrogrades et progressistes ! L’enjeu est celui de l’humanisme, de l’intérêt des justiciables, du bien commun et de la Justice. C’est donc bien la question de la maîtrise et de ses moyens comme nous l’avons souligné dans notre essai.

 


14/05/2018
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La "Justice digitale" au risque du Droit. Analyse et commentaires du livre d'A. Garapon.

Antoine Garapon et Jean Lassègue nous livrent une analyse puissante, exhaustive et scientifique de la justice digitale ; au travers d’un essai d’une densité remarquable.

 

 

L’intérêt de ce livre est tout d’abord de décortiquer le phénomène graphique et numérique, ce langage nouveau fait de numérisation, de programmation et de mise en réseaux. Ils démontrent que le langage graphique bouleverse notre rapport au temps et à l’espace, qu’il est doté d’une activité propre allant bien au-delà du rôle traditionnel du langage et qu’il tend par sa puissance et son efficacité à se substituer à nos systèmes symboliques traditionnels. Le numérique agit comme un « désorganisateur de l’espace et du temps ». En même temps il se dote d’une fonction normative dénonçant le mythe d’une loi imparfaite et proposant une régulation des pratiques. L’un des apports fondamentaux de leur analyse consiste à mettre en évidence comment le numérique, avec son langage graphique et tous ses outils, parvient à se substituer au système légal et symbolique du droit et de la justice ; de la même manière qu’il se substituera progressivement à nos régimes institutionnels. Véritable « travail de désymbolisation avant d’opérer une resymbolisation » ! Car il construit son propre mythe…

 

Antoine Garapon analyse avec précision, compétence et professionnalisme ce qu’il appelle la quatrième dimension de l’audience avec sa nouvelle structuration de l’espace et du temps, une désintermédiation de la preuve, un appauvrissement de l’expérience du procès et sa déritualisation (il nous avait déjà offert un remarquable essai sur le rite judiciaire). Il s’interroge ensuite sur le point de savoir si les juges inanimés qui tendent à se substituer à nos juges humains auront une âme. Il constate que ce système tend à une véritable inversion des principes démocratiques et à la création d’un lieu vidé de la loi, mais occupé en son centre par la technique. Il n’oublie pas non plus l’analyse de la fonction prédictive qui procède d’une révolution épistémologique. Il constate que la loi disparaît, que le jugement va tomber sous influence, particulièrement celle des réseaux, sans oublier celles de l’évaluation/recommandation et de la notation. Enfin il souligne combien la digitalisation fait disparaître toute qualification juridique. Et la force de son analyse est précisément de mettre en évidence que ceci est le résultat de l’expulsion du droit auquel le graphisme, les logiciels, la programmation et la mise en réseaux se substituent.

 

À la lumière de cette analyse on serait tenté de se dire que nous allons entrer de manière irréversible dans le monde tiré de la science-fiction, dans lequel nous serons traités comme des robots, par des robots. Le système numérique et graphique robotise la justice qui devient digitale et traite les hommes sans âme ni intelligence au sens classique, imparfait et humain du terme, pour y substituer la perfection, l’exactitude, l’automatisme et tout ce qui fait la puissance de la technologie numérique.

 

Mais, et c’est le grand intérêt de la troisième partie de leur traité, les auteurs prennent le soin de soumettre cette justice digitale à l’interrogation de la justice humaine et symbolique. Ils dénoncent l’aspiration de l’humain par la complexité, le piège tragique du numérique en ce sens qu’il produit un système qui devient étranger aux éléments qui le constituent ; la situation est bien tragique parce que « ce sont les idées mêmes que l’on poursuit qui se font les artisans de notre faillite par une sorte de retournement du destin ». Un monde numérique qui n’a que le mot de communauté à la bouche alors que l’homme ne s’est jamais senti aussi seul … une société réticulaire qui évite les conflits mais engendre la violence… un système digital qui fait bon marché de l’inventivité humaine… Un système dans lequel le droit et le symbolique deviennent un luxe que l’on ne peut plus s’offrir collectivement. À tel point qu’on en arrive à « cette curieuse inversion : alors qu’autrefois disposer de la technique était un privilège réservé aux nantis pour se protéger des vicissitudes de la nature et de la violence des rapports sociaux, aujourd’hui parler avec des personnes en chair et en os et vivre dans la nature sans laisse électronique est en passe de devenir un privilège, les pauvres étant au contraire enfermés dans le cercle de la technique ». Mais précisément ne faut-il pas défendre la faillibilité des hommes ? Ils insistent sur le fait que la justice doit être défendue comme un risque à une époque qui n’a de cesse que de vouloir les réduire.

 

Et ils concluent, appelant au courage et à lucidité, qu’ils préfèrent l’idée de faillibilité de l’homme aux automatismes numériques. Nous partageons cet envoi plein d’espérance même si il ressemble à une voie non ouverte dans l’Annapurna de l’humanisme judiciaire !

 

Mais selon nous les auteurs ont perdu de vue un point capital et essentiel. Cette voie ne pourra être empruntée avec succès qu’à la condition de retrouver les exigences fondamentales, diverses et humaines de la justice–ce qu’ils rappellent en faisant référence à la définition de Justinien- et pour ce faire –c’est sur ce point que nous divergeons- en retrouvant le sens du droit. Leur ouvrage met en évidence le risque majeur d’expulsion du juste et du droit. Mais contrairement à la conception à laquelle ils se rallient trop facilement le droit n’est pas qu’un système juridique constitué à partir des lois. Le droit est la science du juste. Leur ouvrage démontre pourtant l’exigence de justice et la nécessité de la sauvegarder avec son humanisme, sa puissance symbolique et sa sacralité. Nous devons retrouver un sens du droit qui ne soit pas que l’accumulation des lois, mais qui soit cette science du juste que nous tirons de notre héritage gréco-romain mais aussi de grands philosophes du droit comme Michel Villey.

 

La grande question est : Qu’est-ce que le droit ? Le droit ne peut pas être digital s’il est le droit. Il n’est structurant, et donc à même de contrecarrer l’entreprise graphique et numérique, que s’il se donne pour objet de chercher à répondre au besoin de justice. C’est la clé de l’humanisme judiciaire. Seule cette conception retrouvée et renouvelée peut donner les moyens du courage auquel appellent les auteurs! C’est la seule voie qui permettra de se hisser au sommet de l’Annapurna de la Justice.

 


10/05/2018
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Le mystère du langage arme de la maîtrise de l'intelligene artificielle par l'humain

Le langage est un mystère qui se nourrit de compléxité. Dans un essai décapant Tom Wolfe tourne en dérision ceux qui ont tenté de l'élucider depuis Alfred Wallace.

 

A l'heure où nous le malmenons à force de vulgarités, d'anglicismes, de mépris des règles d'orthographe et de grammaire, ce livre mérite d'être signalé. Mais  l'avénement du langage des algorithmes souligne plus encore l'intérêt que nous devons porter à ce mystère du langage des humains et au fait qu'il ne soit pas élucidé. L'homme, et particulièrement les scientifiques buttent sur le mystère au fur et à mesure de leurs découvertes.

 

Les progrès de l'intelligence artificielle nous donnent l'impression qu'elle sait le lire, le décrypter, et le comprendre. En réalité elle ne parvient à ses fins qu'en le passant à la "moulinette" du codage, et/ou de l'imitation. Ce qui veut dire qu'elle en évite la profondeur, l'intelligence et la compléxité. Elle ne le pénétre pas comme chaque humain doit le faire pour être, pour comprendre, pour inventer et pour agir. En quelque sorte elle passe à côté, ou à travers mais pas "dedans".

 

D'où l'enjeu fondamental, en particulier, pour les juristes: imposer l'usage du langage, le préserver. Faire en sorte que l' "IA" reste un outil au service de nos intelligences qui se nourrissent, se structurent dans le ystère identifiant du langage indissociable de l'homme....

 

Notre langage sera notre arme, à moins que nous ne l'abandonnions pour nous soumettre aux calculs des algorithmes et au fonctionnement du "deep learning"!

 

 

 


22/04/2018
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Soumettre l'intelligence artificielle à l'humain, encore et toujours...

J’évoquais dans mon dernier billet les travaux de Jean Gabriel Ganascia, et la lancinante interrogation sur la singularité technologique. L’intelligence artificielle accédera-t-elle à l’autonomie par rapport à l’homme et le menacera-t-elle à plus ou moins court terme ? Joël de Rosnay aborde ce sujet dans différents ouvrages, en particulier dans « je cherche à comprendre… ».

 

Il y écrit que le défi pour l’humanité est « de se préparer à l’avènement d’un système qui se pense lui-même ». Il semble donc partager une crainte que Jean Gabriel Ganascia ne fait pas sienne. Il appelle à l’avènement d’une intelligence capable de contrôler l’intelligence artificielle et les robots…

 

Dans un précédent livre « La révolte du prolétariat… » Joël de Rosnay évoquait « les foules connectées en temps réels qui peuvent résoudre des problèmes complexes mieux que le meilleur des experts ». Il y a des pistes insoupçonnées que vont ouvrir les nouvelles technologies, en particulier en matière d’intelligence collective. Ce qui conduit selon lui dans son dernier livre à « mettre au point une intelligence augmentée collective, plutôt que de se limiter à une intelligence artificielle distincte et autonome assistant l’homme ». Comment ?

 

Joël de Rosnay affirme que « l’enjeu consiste à devenir encore plus humain ». C’est-à-dire très exactement ce qui constitue le fond de la pensée de Jean Gabriel Ganascia ! Joël de Rosnay  insiste et développe « ce qui est machinal doit pouvoir être fait par les machines, de façon à libérer dans notre cerveau des dimensions inexplorées » ; ce qu’il appelle la voie de l’hyperhumanisme opposé au transhumanisme. Une hyperhumanité qui sera pour lui hybride et symbiotique ; c’est-à-dire selon lui la voie d’une revalorisation de l’humain. Ce que je pense tout simplement comme étant la voie de la maîtrise… CQFD !

 


14/04/2018
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Peut-on démystifier l'intelligence artificielle?

Dans ses deux derniers livres « Le mythe de la singularité » et « L’intelligence artificielle vers une domination programmée », Jean Gabriel Ganascia apporte une contribution déterminante à notre nécessaire réflexion sur la nature, les capacités et les limites de l’intelligence artificielle.

 

Il y affirme à la fois ses capacités hors du commun et ses limites. Il la démystifie. Pour lui nous sommes face à un phénomène qui présente des caractéristiques empruntées aux gnoses. Il dénonce le fait que l’on nous invite à y « croire » alors que l’on ne croit pas à une science ; elle est et doit son existence à ses capacités techniques, objectives, opérationnelles, à l’inverse d’une religion.

 

Jean Gabriel Ganascia ne partage pas la croyance de plus en plus communément répandue et savamment entretenue par ceux-là mêmes qui la dénoncent…, en la singularité, et plus généralement en ce mythe d’une intelligence de la machine susceptible de se rebeller contre l’homme. Il dénonce le fait que les conditions seraient réunies pour créer de la conscience ou de la volonté au cœur du fonctionnement de l’intelligence artificielle. Non les machines n’ont ni conscience ni volonté propre. Et il explique en même temps que les machines n’ont d’ailleurs aucun besoin d’émotion, de conscience ou de volonté pour être intelligentes au sens que l’on donne à l’intelligence artificielle. Et, pour lui, ce n’est pas demain la veille….Pourquoi ? Comment ? Tout simplement parce qu’il est possible d’être intelligent au sens de l’IA, sans  comprendre ce que l’on dit ou fait…. C’est à ce point que son analyse est déterminante et éclairante. L’intelligence ainsi mise en œuvre consiste à relier « inter-legere » les masses de données, les big datas. Car ce sont les données, leur quantité et leur utilisation, qui nous dépassent et font le mythe et en tous les cas la puissance de l’IA ! C’est pour cela que l’on a besoin d’elle et de l’apprentissage machine. Tout est dans la puissance de la masse d’informations et des nécessités de leur traitement.

 

Le principe de fonctionnement de l’IA fut inventé par Turing dans les années 50 ; il s’agit de l’imitation, de la simulation de notre psychisme à l’aide d’une machine. Ce principe est toujours valable ; c’est lui qui est au cœur du système technologique virtuel.

 

Jean Gabriel Ganascia va encore plus loin en expliquant qu’il n’y a aucun lien entre la puissance de calcul des machines et leur capacité à simuler et à imiter. Cette puissance explique la capacité de traitement des big datas ; mais elle n’est pas à l’origine d’une éventuelle singularité et d’une possible autonomie de la machine ! C’est ici que s’immisce le mythe…la fausse croyance….la gnose artificielle ! La puissance qui crée le pouvoir de l’IA résulte de cette capacité de traitement et d’elle seule.

 

L’auteur, dont il faut garder en mémoire qu’il est avant tout un grand scientifique, explique encore que notre jugement est faussé par l’utilisation des heuristiques. L’IA  fonctionne en fonction d’intuitions alors que nous croyons en des postulats scientifiques…Vu qu’il est impossible à la machine de procéder à une exploration exhaustive de tout le champ des possibles. Les heuristiques sot un palliatif de notre intuition ; elles caractérisent selon lui l’approche scientifique de l’IA.

 

Et il insiste sur le fait que c’est l’ingénieur auteur de la configuration qui choisit le critère à optimiser dans le processus d’apprentissage par renforcement. D’où son affirmation du risque de déconnexion par rapport à la réalité. En effet, nous établissons des liens entre des réalités concrètes au moyen des abstractions formelles qui sont la marque de cette intelligence propre ; ces abstractions qui permettent le traitement et l’utilisation des données. Le mot intelligence vient autant de inter legere que de leg qui signifie choisir, cueillir, rassembler. Il affirme dès lors qu’il est nécessaire de réintroduire de l’humain dans le fonctionnement de la machine, n’hésitant pas à faire référence aux mises en garde du Pape Benoit XVI…

 

Voilà bien une réflexion décapante et revigorante qui nous conforte dans notre conviction que la voie de la maîtrise est possible en même temps que nécessaire. Le tout étant d’en identifier les clés et les moyens.

 


12/04/2018
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Mon livre : L'Avocat face à l'intelligence artificielle

Mon livre sur l'avocat face à l'intelligence artificielle est en cours de publication. Il sera en vente en numérique et en version papier d'ici la fin de cette semaine. Je vous adresserai le lien pour vous permettre de le commander.

Dans cet essai j'analyse la nature des bouleversements provoqués par l'immixtion de l'intelligence artificielle sur l'exercice de la profession d'avocat. Pour les identifier et les comprendre, j'interroge la philosophie générale, la philosophie du droit, l'histoire, les sciences humaines et les sciences informatiques. C'est à la lumière de cet éclairage que je propose des pistes de réflexion pour une maîtrise moderne de ces outils et une exploration des moyens à mettre en œuvre ainsi que des chemins à emprunter. L'optique n'est ni restrictive, ni négative. Elle refuse pour autant l'aveuglement et l'engagement irraisonné dans une aventure aussi exaltante qu'inquiétante. Ni idéologie du progrès, ni refus de ce dernier,  mais une mise en œuvre réaliste et professionnelle au service du renouvellement de la mission de l'avocat. Car l'avocat est aussi unique que nécessaire dans un monde complexe, technologique et connecté. Quel sera le visage d'un avocat toujours défenseur, conseil et maître en humanités? Une gageure....

 

 

J'espère vous compter parmi mes lecteurs et que ce soit l'occasion d'un beau débat!

 

 


08/04/2018
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Quelle éthique pour le numérique?

Quelle éthique pour le numérique ? Déjà Azimov s’était posé la question. Il y avait répondu avec ses fameuses lois qui sont toujours d’actualité. Faut-il plus ? Certains ont lancé l’idée d’une éthique, et bien sûr de chartes puis d’un comité d’éthique. Dans le principe, pourquoi pas, mais encore faut-il définir ce qu’on entend par là et ce que l’on veut en faire….

 

Cédric Villani y consacre l’une des parties de son rapport DONNER UN SENS A L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE. La dernière newsletter de la Revue prospective et de l’innovation du CNB y consacre l’un de ses billets. Nous savons par ailleurs qu’Alain Bensoussan, notre confrère spécialisé dans le droit des robots, a engagé une réflexion, pour ne pas dire un combat…, pour la responsabilité des robots ; ce qui pose la problématique de l’éthique. Les avocats enfin sont au cœur de ce sujet, eux dont l’exercice professionnel est cadré par une déontologie faite de règles inspirées de morale ; une morale dont l’éthique est la science si l’on se réfère à sa définition….

 

Mais force est de reconnaître que pour autant nous ne quittons pas les terrains sablonneux de l’incertitude, des vœux pieux et des bonnes intentions…. Les valeurs sont convoquées, bien sûr… Le respect de règles comportementales, de normes sociales… La protection de la liberté individuelle et des droits de la personne… ; mais il manque une boussole.

 

Alain Bensoussan déjà cité, prône une reconnaissance de la personnalité des robots et donc de leur responsabilité. Il écrit : « avec l’introduction de l’intelligence artificielle, la robotique non plus ne pourra être encadrée par la seule norme juridique et la composante éthique revêt un caractère essentiel ».

 

La nécessité de l’éthique vient bien de la possibilité d’une autonomie du robot et de son intelligence artificielle, avec le spectre de la singularité. Nécessité qui doit être tempérée par le fait que l’autonomie reste soumise au pouvoir de l’homme, ce dernier conservant la possibilité d’appuyer sur le bouton « marche-arrêt »…. Il reste qu’en soi l’éthique demeure une exigence justifiée.

 

De manière symptomatique aucun de ceux que nous avons cités ne la définit ni même n’en donne les rudiments ou les fondements !.... Alors de quoi parle-t-on ? Quelles règles va-t-on définir grâce à elle ? Se gargariserait-on d’un mot qui serait vidé de sens et que l’on utiliserait comme une sorte de caution morale ?

 

Le droit et l’éthique sont convoqués pour  relever les défis moraux des progrès de la robotique et de l’intelligence artificielle. Mais il ne s’agit peut-être par ce biais pour les tenants du développement de l’autonomie que de suivre le mouvement, de l’accompagner, de rendre possibles toutes les évolutions, tous les progrès et en même temps toutes les ruptures. On est dans la gestion, que dans la gestion…

Il me vient à l’esprit que la première question est celle de la dépendance de l’intelligence artificielle par rapport à l’humain. Règle de base, essentielle ! La première règle éthique n’est-elle pas précisément de poser ce principe de manière cardinale ?

 

Vient ensuite la question de l’anthropologie que nous devons mettre au cœur d’une entreprise dont il n’est pas concevable qu’elle se retourne contre celui qu’elle est censée servir…. ; ce qui nous ramène à Azimov !

 

Enfin, ne faut-il pas se décider à revenir au « gros mot » de morale, celui dont l’éthique est la science…, pour définir les règles fondamentales à respecter dans la mise en œuvre de ce qui doit rester un outil….. L’éthique n’est pas simplement, et avant tout de mettre l’homme l’homme au cœur et au centre de l’œuvre ? Reste dès lors à définir l’homme ce qui nous renvoie à la morale…. CQFD !....

 

Pour conclure, essayons de bannir les grands mots, de ne pas renvoyer à je ne sais quel comité le soin de définir ce qui l’est déjà, attachons-nous à développer une entreprise anthropologique en utilisant tout ce que notre spécificité d’hommes nous permet de concevoir, de comprendre et de faire, en refusant de nous retrancher derrière les progrès de la science, quels qu’ils soient, pour accepter ce qui ne devrait pas l’être…

 

 

 

 

 


04/04/2018
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Porjet de loi pour une Justice du XXI° siècle à marche forcée...Justice en préril?

La justice du XXIe siècle est « en marche » ! Quelle sera son visage ? Un projet de loi du gouvernement veut le dessiner à marche forcée.

 

Les avocats protestent ! A raison d’une part compte de remises en cause inacceptables de droits fondamentaux des justiciables et d’autre part compte tenu de la méthode de concertation mise en œuvre à l’image de ce qui se pratique depuis près d’un an maintenant en France.

 

L’heure du grand bouleversement semble sonner pour notre pays. Celui-ci touche notre économie mais aussi les structures mêmes de notre société et de notre État de droit. La justice est donc concernée ; comment pourrait-il en être autrement ?

 

Le contexte n’est pas favorable aux avocats.

 

Les français n’aiment ni l’institution judiciaire, ni ses auxiliaires que sont les avocats, sauf lorsqu’ils ont besoin d’eux, et encore… Ce n’est pas nouveau. Les Plaideurs de Racine ont eu le succès que l’on sait ; Rabelais n’avait pas été en reste ; La Fontaine croqua un Raminagrobis auquel les avocats sont aujourd’hui assimilés dans l’esprit du commun des mortels, tant ils considèrent que ces derniers s’enrichissent sur le dos de leurs malheurs. Cela ne changera sans doute pas… ; cela ne peut pas changer tant la Justice se nourrit d’attentes et de déceptions.

 

Le Président Emmanuel Macron ne nous aime pas non plus. Il l’avait déjà montré du temps où il était ministre. Pour lui, derrière les postures de circonstances, les avocats sont des acteurs économiques comme les autres, un point c’est tout. Tout Jupiter qu’il veut être, sa conception de l’Etat ne reconnait pas ce pouvoir judiciaire qui a trop de restes de ses origines religieuses et chrétiennes. La Justice doit être rationalisée, efficace, moderne, compétitive, privatisée tant que cela est possible, bien sûr digitalisée, et pourquoi pas ubérisée ! Mais elle n’accomplit pas une mission supérieure, ni bien sûr sacrée, faisant de ses auxiliaires des professionnels autres que de simples acteurs sociaux.

 

Comme de précédents projets, celui-ci comporte bien des aspects inacceptables. Les avocats et leurs représentants ont raison de protester et de s’y opposer. Il n’est donc pas question ici de se désolidariser d’un mouvement qui reste corporatiste même si il met légitimement en avant l’intérêt premier des justiciables et les exigences d’un fonctionnement satisfaisant de l’institution judiciaire.

 

Pour autant, nous savons d’ores et déjà qu’une loi sera votée, que nous aurons tout fait pour modifier, amender, améliorer ou à tout le moins rendre moins pernicieuse ; comme les précédentes… car, il y a un fil rouge, qui relie une a une comme les maillons d’une même chaîne, les modifications déjà intervenues et à venir. Elles sont le reflet de l’évolution en profondeur de notre système juridique et social.

 

Il n’est pas question ici non plus de prôner la révolution, même si certains peuvent la souhaiter ou la penser inéluctable. Par contre, sauf à rester des bouchons ballottés sur une mer perturbée, les avocats doivent impérativement, et enfin…, s’interroger sur ce que peuvent et doivent devenir leur profession, leur mission. Il me sera répondu que ce n’est pas l’heure. Je pense au contraire que c’est précisément le moment de prendre conscience des enjeux, de les proclamer et de se décider à les affronter.

 

Il y a au moins une chose de vrai dans la présentation du projet de loi ; la Justice du XXIe siècle est à imaginer et à organiser. Il ne faut à aucun prix que demain, après les manifestations, une fois qu’un texte aura été voté, comme les fois précédentes, nous reprenions notre « train-train », le cours de nos activités comme si de rien n’était ! Et c’est ce qui risque de se passer, par nécessité ; il faut vivre !....

 

Au risque d’insister et de donner l’impression de me répéter, nous devons susciter et organiser une réflexion collective sur ce qui point à l’horizon. Les évolutions contenues dans l’actuel projet de loi sont une plaisanterie à côté de ce qui va arriver ! Voulons-nous ménager quelques années d’exercice de ce qui restera de ce métier que nous aimons ou voulons-nous participer à la grande et exaltante entreprise de la définition du rôle rénové de l’avocat dans le monde des datas, des algorithmes, de l’intelligence artificielle et du deep learning ? Qu’allons-nous faire de la nécessaire réponse au besoin de justice ? Que ferons-nous du conseil plus que jamais nécessaire dans ce monde toujours plus complexe, envahi de techniques et de réglementations ? Que deviendra l’art du procès, au civil comme au pénal ? Qu’allons-nous faire du langage fondateur du droit face à la moulinette algorithmique ?  Allons-nous sacrifier le syllogisme judiciaire sur l’autel de la justice prédictive ? Que proposons-nous pour renouer les liens de la confiance avec les justiciables ? Quel humanisme allons-nous offrir à nos concitoyens ? Quelle sera notre conception anthropologique face à l’homme augmenté, à l’humanoïde et toutes leurs déclinaisons ?

 

Qui sera notre Cicéron ?

 

Il serait temps de se réveiller, d’ouvrir les yeux, de prendre acte des ruptures en train de se préparer et de travailler ensemble, avec le concours de ceux qui se donnent la peine de réfléchir aux incidences de ces mutations. Ils ne nous attendrons pas longtemps….

 


18/03/2018
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Ni technophile, ni technophobe mais technocritique!

Article passionnant paru dans VAR MATIN de ce 10 mars: une interview d'un directeur de recherches en neurosciences computationnelles Thierry Vieville, à l'occasion de la semaine du cerveau dans les Alpes-Maritimes du 9 au 16 mars. Ses mises au point sont très claires et utiles.

 

La différence entre le cerveau humain et l'ordinateur. Le premier est d'une compléxité inégalable par le second qui à l'inverse est beaucoup plus rapide. Le cerveau est plus résistant aux pannes; il ne "bug" pas lui et pallie naturellement aux accidents cérébraux...

 

Pour T. Vieville c'est dans leurs DIFFERENCES que l'on a à apprendre....

 

Il faut rendre les choses bêtes pour les faire faire par une machine! ... "évacuer la pensée du calcul"!!! Point capital; véritable clé de compréhension et d'adaptation au phénomène...

 

Nous sommes aveulgés par le fantasme du robot humanisé qui remonte au Golem. Mais lorsqu'on nous présente un fonctionnement autonome au lieu de réagir en se disant "qui est là?", la question à se poser est "quoi est là?".

 

Le mythe de l'IA n'est pas de la science c'est de la pseudo-science; le tout est d'être conscient que nous sommes en train de créer une divinité. Et T. Vieville souligne que c'est l'attitude des GAFAM qui est inquiétante en nourissant la peur des robots méchants ou dangereux et en installant des systèmes intrusifs qui se substituent à nous et prennet des décisions de plus en plus importantes.

 

A propos du rêve transhumaniste qui se cache derrière l'augmentation de l'humain il rappelle qu'il n'est pas nouveau et que ceux qui vont au bout de cette démarche flirtent avec les pires idéologies de l'humanité.

 

Pour conclure il insiste sur la nécessité de comprendre comment marche l'IA, faute de quoi nous ne pourrons pas choisir... Comprendre le numérique! Il s'agit de n'être ni technophile ni technophobe mais technocritique.

 

Voilà qui est dit et bien dit!

 

Voici le lien vers son blog dont je recommande la lecture: http://www.scilogs.fr/intelligence-mecanique/author/vthierry/

 


10/03/2018
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