AVOCATS 2.0

LA VIE ALGORITHMIQUE de Eric SADIN

NOTES DE LECTURE SUR LA VIE ALGORITHMIQUE DE RX SADA AUX ÉDITIONS DE L’ÉCHAPPÉE.

Introduction : le monde au prisme des données.

Pour l’auteur le monde dans son ensemble est appelé à se concevoir et à se constituer comme une large salle de contrôle témoignant continuellement du cours des choses. Car c’est un régime de vérité qui s’institue, fondée sur quatre axiomes cardinaux : la collecte informationnelle, l’analyse en temps réel, la détection de corrélation significative et l’interprétation automatisée des phénomènes.

Il rappelle que selon Jacques Ellul le premier caractère évident du phénomène technique est sa rationalité et que toute intervention de la technique est une réduction au schéma logique, des faits, des pulsions, des phénomènes, des moyens et des instruments.

Les Big data doivent être comprises comme le passage d’un seuil épistémologique et anthropologique qui veut que nos modes de perception et d’action sur le réel se constituent désormais au filtre majoritaire des données, résultat d’opérations réduisant au final tout fait à des lignes de code.

 

PREMIÈRE PARTIE : LA TOTALISATION NUMÉRIQUE.

1 - La puissance rationalisante des nombres.

Le principe de la numération témoigne de la volonté d’entretenir un rapport quantitatif au réel.

Au cours du siècle précédent on envisageait les machines sous leur pouvoir massivement aliénant. Désormais grâce à leur usage individualisé et leur pouvoir communicationnel elles semblent dégager de nouveaux horizons cognitifs, créatifs et relationnels. Tout est fondé sur l’axiome d’une puissance libératrice en germe dans cet écosystème en formation.

Le développement n’a plus pour objet d’élargir l’accès au corpus culturel ou aux différents champs du savoir mais de transformer en informations chaque fragment du réel par l’implantation massive et tous azimuts de capteurs. Il y a la volonté d’instaurer un rapport totalisant au phénomène, placé sous la puissance implacable et non ambiguë d’une raison numérique universelle dotée d’un pouvoir de pénétration, de discernement et d’action.

2- L’ère des capteurs.

Il s’agit de transformer chaque fragment du monde en une instance de captation et de transmission d’informations.

À terme, c’est un horizon Nanométrique qui pointe. Rien ne limite en théorie la pose de puces sur chaque particule revivifiant ainsi la conception atomiste antique, mais l’érigeant comme un principe viabilisé de connaissance intégrale.

L’ère post symbolique inaugure une nouvelle condition cognitive, capable d’observer en surplomb les choses et de suivre localement ou globalement leurs états indéfiniment évolutifs, formalisant l’ambition scientifique ancestrale à vouloir soumettre le réel à l’emprise totalisante et exclusive de la raison humaine.

3- Interopérabilité universelle et perception intégrale.

On voit naître une architecture technico-cognitive qui permet d’agréger des informations de toute nature réduites à un idiome commun. Un nouveau genre de connaissances apparaît fondé sur la mise en relation virtuellement inépuisable d’une infinité de sources hétérogènes. Tout cela grâce à un langage universel constitué de codes uniformisés, résultat d’une parcellisation élémentaire des phénomènes susceptibles de faire parler tout fragment du monde avec tout autre. L’écart entre les choses se défait, au profit de la constitution d’un magma unifié compactant l’intégralité des éléments exposés à une visibilité et une intelligibilité immédiate.

On assiste à la naissance d’un espéranto de la donnée.

Le monde se redouble en un plan ininterrompu et indifférencié de chiffres.

4- La datafication.

Nous avons fait apparaître une nouvelle couche épistémologique qui intercepte à la source les manifestations sensibles et les transforme en un langage universel accessible de partout. Un savoir transcendant s’instaue qui est progressivement appelé à supplanter pour une large part notre intelligibilité immédiate des choses.

Le cadre d’intelligibilité et d’agissements individuels et collectifs s’institue dorénavant au filtre de l’exactitude algorithmique.

C’est l’achèvement d’un long processus scientifique et culturel historique qui avait été décrit et analysé par Husserl.

5- Dimension performative des data.

On assiste à la constitution d’une autre temporalité.

La notion cybernéticienne de feed-back emporte avec elle l’ensemble de notre condition situant le cadre général de l’expérience au sein de mécanismes immédiatement rétroactifs, délaissant progressivement le sensible, le délai réflexif proprement humain, au profit d’un infléchissement quasi-instantané des comportements opérés au prisme d’équation algorithmique.

Exemple du fonctionnement de la plate-forme Amazone qui génère trois types d’informations : un cycle de connaissances enrichies, la prise en main des achats des cients et enfin la génération de cycles de renseignements traités à diverses fins.

La distinction usuelle de l’avant et du maintenant se défait. On assiste à la constitution d’une couche bouillonnante ou quantique qui désormais se substitue à la définition historique et stabilisée du réel.

Il y a avènement d’une nouvelle anthropologie déterminée, guidée, drivée par des logiques littéralement binaires, qui ordonne sans ambiguïté ou sous une rationalité apodictique la marche de plus en plus globale du monde.

 

DEUXIÈME PARTIE : PUISSANCE ET USAGE DES BIG DATAS.

  • Le data marketing ou la fin de la publicité.

Il y a un véritable mouvement d’atomisation qui conduit à la réduction de la cible à l’échelle élémentaire de l’individu unique que l’on cherche à séduire et influencer.

Le cœur de l’activité marketing relève désormais d’une entreprise cognitive complexe, fondée sur des techniques abstraites indissociablement adossées à des techniques computationnelles.

Comme il est impossible de tout emmagasiner, on assiste à l’élaboration de procédés de suivi rationalisé consistant à homogénéiser les données.

On voit apparaître les services de data brokers dont l’activité consiste à collecter sous de multiples formes des données personnelles. D’où aussi le succès commercial d’une société comme Facebook.

L’objectif est d’éviter toute déviation ou tous différents et de parvenir à une adéquation algorithmique harmonieuse perpétuellement relancée.

  • Une logistique délivrée de la pesanteur.

Le projet moderne d’optimisation des processus de production renvoie à une recherche constante et persévérante visant la réduction maximale des coûts, la moindre inertie entre chacune des étapes à l’œuvre et le plus rapide écoulement possible des stocks.

Au final nous passons à une vie délivrée de la pesanteur, du bruit, des conflits inhérents au monde industriel, par la grâce d’un ajustement robotisé de chaque occurrence spatio-temporelle.

  • La ville au filtre algorithmique.

La Smart City c’est le rêve de réduire la multiplicité constitutive de la ville un organe homogénéisé, auto régulé, un plan indifférencié de calcul traité pour répondre de concert et suivant des intérêts définis aux aspirations naturelles de tous ses membres.

  • Une médecine des données.

On assiste à la préparation du franchissement d’un nouveau seuil cognitif en matière médicale avec une hyper individualisation des traitements, une médecine génétique prédictive, une contextualisation à échelle globale, un diagnostic automatisé etc.

La médecine du XXIe siècle s’institue prioritairement comme une science de l’information fonctionnant comme une base de données indéfiniment expansives et aisément exploitables.

Il s’agit d’un renversement du principe historique humaniste de la curation. On passe d’une bio politique vers un bio eugénisme algorithmique.

 

  • La maison connectée et les enseignements en ligne.

Alors que dans la conception traditionnelle le foyer était le lieu de l’intimité, inviolable, aujourd’hui une myriade d’acteurs le pénètre grâce aux capteurs…

Quant à l’éducation en ligne elle crée deux types de savoirs distincts de manière simultanée et indissociable. D’abord celui qui détermine la forme de la pédagogie, structurée et infléchie par une architecture technologique qui impose des règles dites, non dites édictées par des schémas restrictifs. Ensuite celui qui dans le même mouvement se bâtit d’après la pénétration, hautement monétisable des comportements, dressant une nouvelle strate de visibilité, portant sur la psyché des individus et leur capacité à se fondre ou non efficacement au sein de cadre normatif.

 

TROISIÈME PARTIE : LA QUANTIFICATION INTÉGRALE DE LA VIE.

  • Masse et corrélation : une appréhension étendue des phénomènes.

La méthode corrélative, qui prend son origine dans la biologie et qui fut plus tard appliqué dans les sciences économiques, consiste à identifier une liaison entre des variables sans explication causale.

C’est toute l’épistémologie occidentale qui se trouve bousculée mais surtout redoublée par une nouvelle modalité expansive d’intelligibilité du réel (renonciation à la causalité classique).

Ce savoir corrélatif computationnel doit pouvoir porter ses analyses sur des agrégats de données les plus volumineux et les plus variés possibles.

Il en résulte la possibilité de révéler des phénomènes jusque-là insoupçonnés.

  • Primauté du temps réel.

La disparition de la priorité au raisonnement déductif au profit de l’interprétation inductive robotisée instaure un mode de connaissance fondée sur la dimension toujours mouvante des événements.

Les techniques toujours pointues, la célérité des processus étend grandissante, la possibilité de pénétrer toutes les strates de la réalité des événements font que l’on est de plus en plus dans l’immédiateté du temps.

Le temps réel est relatif et singulariser, ils se rapportent à des conditions spécifiques et à des préférences propres, imprégnant dépend de plus en plus étendues du quotidien.

  • La mesure quanto-qualitative de la vie.

Nous sommes en train de passer, après l’abandon de la rationalité, à une connaissance d’ordre numérique qui se forme peu à peu par la masse exponentielle et hétérogène des informations récoltées pour constituer un savoir ordre vectoriel déterminé par le traitement de signaux qui attestent la façon progressive et granulaire des modifications, découvrant un monde d’intelligibilité colorée pénétrant sans fin le fil de la vie, composé de toutes ces contradictions et variations.

En parallèle, des domaines d’activités toujours plus nombreux sont désormais soumis à des processus évaluatives. Bientôt, il n’y aura plus aucun échappatoire… ce faisant se réalise la mathesis universalis imaginée par le néoplatonisme et s’accomplit en acte la mathématisation intégrale du monde envisagé par Leibniz.

  • Généralisation du régime prédictif.

La totalisation numérique, associé à la science algorithmique, contribue à ériger un monde d’appréhension toujours plus intégrale, suivant une amplitude d’ordre non seulement spatial mais également temporel. C’est ainsi qu’apparaît la science prédictive.

Référence à Asimov et ses nouvelles sur les caractéristiques et les effets produits par une science fictive capable de pénétrer les arcanes du futur…

L’objectif est de finir par se délivrer du principe ontologique et stérile d’incertitude !

  • Le sublime computationnel et l’exclusion du sensible.

Il s’agit de réduire la réalité un continuum infini de chiffres ordonnant le schème majoritaire de la perception et de l’action humaine.

Mais les modes de constitution de ces nouvelles modalités cognitives échappent de part en part notre perception du sensible. Tout cela se paie en conséquence par une double invisibilité. Il y a une part d’immatérialité et une soustraction au principe même de la représentation

Nous sommes envahis par le sentiment de l’impossibilité de nous figurer certaines dimensions qui excèdent notre intellect au moment même où se révèle notre plus grande puissance supposée…

L’intelligibilité numérique des phénomènes évince le sensible.

 

QUATRIÈME PARTIE : LA NORMATIVITÉ ALGORITHMIQUE.

  • De la libre individualisation à la recommandation personnalisée.

Tout être se situe dorénavant au sein d’une boucle, engendrant des myriades de codes et recevant des informations de tous ordres qui lui sont adressés en vue de répondre à ses plus grands intérêts ou confort supposé. Chaque existence se situe un point technico anthropologique nodal. Il y a un décentrement de l’ensemble social vers la personne est un recentrement de la personne au cœur de l’ensemble social.

Le paradoxe contemporain veut que l’expression de soi ne cesse de se manifester au long du quotidien et comme sans entraves, mais à l’intérieur d’un cadre majoritaire qui la codifie, l’excite et l’oriente de façon imperceptible ou non immédiatement consciente.

L’un des procédés prépondérants est celui de la recommandation personnalisée robotisée. Nous passons dans une ère du sur-mesure algorithmique qui agrège de façon singulière la plus grande liberté apparent des individus à des systèmes complexes chargés de continuellement la soutenir et de la capitaliser le plus intensément, sous toutes ses dimensions et sous toutes les formes imaginables.

  • L’ère du sur-mesure algorithmique.

Référence à Jean Baudrillard qui écrivait que « jadis les normes morales voulaient que l’individu s’adapte à l’ensemble social, mais c’est là l’idéologie révolue du nerf de production : dans une ère de consommation, ou qui se veut comme tel, c’est la société globale qui s’adapte à l’individu.

Aujourd’hui ce sont nos vies qui sont taillées à nos mesures au gré d’interprétations algorithmiques relancées sans fin.

C’est un double principe normatif qui s’institue. D’abord de soi à soi. Ensuite par le fait d’un environnement cognitif qui sous couvert d’une ultra réactivité adossée à toutes les singularités, s’impose dans son mécanisme général, dans son efficacité dans son étendue, comme la norme majeure de notre temps, de nature non plus coercitive mais puissamment incitative.

  • La libre quantification de soi.

Ce processus passe par le Smartphone.

Il s’agit de « technologies de soi » (confère Michel Foucault).

Ce processus poussa entretenir un rapport continûment performant ciel sacrificiel à soi, à l’instar de certains usages à l’œuvre dans le monde de l’entreprise ou celui de la compétition sportive de haut niveau

Se manifeste une fragilité inquiète qui cherche à se prémunir de ces déficiences, et attendre vers la meilleure conservation de soi.

  • Facebook la machine à capter et à monétiser l’attention.

Cet écosystème aujourd’hui parfaitement ordonnancé ne renvoie pas à une stratégie initialement délibérée, mais un cheminement qui s’est peu à peu précisé, visant in fine à constituer la plus grande base de données comportementale de la planète, en vue de sa plus haute exploitation commerciale. C’est la conséquence du mythe naïf d’une supposée neutralité de la technique qui se confirme, exposant tout au contraire la puissance d’infléchissement induite par les logiques de programmation sur les comportements.

  • Google Glass : la privatisation de l’attention.

Avec ce nouveau procédé ce n’est plus seulement la décision humaine que nous déléguant progressivement à des systèmes, c’est également une large part de notre perception qui est vouée à être ordonnée par des algorithmes.

C’est la désintégration de tout horizon universel qui pointe, qui ne signale pas la fin de l’humanisme renaissant qui depuis longtemps a trépassé, mais celle d’une perspective commune désormais fissurée par des technologies et des intermédiaires qui fragmentent et déterminent la forme de l’expérience en devenir, continûment personnalisée définitivement dissociée.

L’ère de la personnalisation robotisée signale l’agonie ou la fin de la société, entendue comme un ensemble intégrant chaque subjectivité singulière au sein d’une large entité composite, supposant de facto des règles, des liens, des différences et des conflits.

Il s’agit d’une forme de spiritualité qui s’évapore, qui, par un esprit commun, uni ou oppose les êtres, et qui peu à peu se volatilise dans un lien direct établi par le capitalisme cognitif avec chaque individu, instituant subrepticement une aséité universalisée.

CINQUIÈME PARTIE : DE LA SURVEILLANCE NUMÉRIQUE AU DATA PANOPTISME.

  • La vérité NSA du monde.

L’affaire Snoden a révélé les usages évidemment répréhensibles qui ne sont qu’une composante de la banalité de la surveillance contemporaine laquelle se déploie tout instant, en tout lieu et sous diverses modalités, la plupart du temps avec notre propre consentement.

Ce qui a ainsi été découvert c’est que le processus en voie d’achèvement de numérisation intégrale a rendu possible le principe technique et cognitif d’une visibilité continue des êtres et des choses.

Nous entrons dans une ère où c’est l’expérience même du monde qui va générer une dissémination perpétuelle et exponentielle de traces, non plus traité en vue de savoir qui fait quoi, mais afin de permettre à chacun de vivre sans encombre à l’intérieur d’un environnement de part en part interconnecté, faisant de la connaissance granulaire et évolutive de tous les phénomènes une condition universelle et nécessaire de l’existence.

  • Un témoignage intégral de la vie.

Le mouvement d’implantation tous azimuts de capteurs pourraient laisser penser qu’il va contribuer à parfaire l’ensemble du système, or c’est un changement de paradigme qui s’opère.

Ce qui est en jeu c’est le lien avenir désormais consubstantiel entre l’usage d’un objet et la connaissance de l’utilisateur, non seulement en vue d’affiner sans cesse la qualité des services fournis mais afin d’autoriser ou non son emploi.

Le data panoptisme est un entrelacement toujours plus intime entre les êtres et des algorithmes qui induit indissociablement une connaissance sans cesse approfondie des personnes, des faits et des choses, autant qu’une régulation automatisée du champ de l’action.

Nous avons à faire un totalitarisme d’un ordre nouveau qui est une sorte de pacte tacite ou explicite qu’il y a priori librement, les individus à des myriades d’entités chargées de les assister, suivant une continuité temporelle et une puissance d’infléchissement qui prend une forme toujours plus totalisante.

Nous passons de l’âge de la vie privée à celui de la vie privatisée qui adosse tendanciellement tout acte à des protocoles élaborés et gérés par des acteurs économiques qui récoltent les traces émises et les monétise.

Il y a trois paliers dans les pratiques mises en œuvre : au sommet des agences de renseignement, en dessous les instances commerciales et enfin la base les comportements des individus.

Le changement de paradigme dissout la partition binaire distinguant d’un côté les surveillants et de l’autre les surveillés, pour faire apparaître un nouvel ethos de part en part ordonnancé par une boucle systématique et universalisée, qui veut que la récolte des données à caractère principalement personnel, suivie de leur traitement, détermineront la marche continûment optimisée des sociétés et des individus.

  • La vie publicisée.

Il y a une exposition volontaire de nos vies privées à travers un traçage tous azimuts. Nos vies sont publiées. Le concept de vie privée doit être revisité à l’aune de ces usages nouveaux.

Il n’y a pas à la base une volonté de surveillance mais une volonté de scruter à distance afin que des systèmes automatisés puissent déclencher des alertes en fonction de paramètres déterminés portant sur un nombre restreint est identifié de personnes. Tout cela a une perspective fonctionnelle. Il s’agit de mettre en lien. Ce n’est pas la vie privée qui est fragilisée par les procédures de suivi sécuritaire ou commercial contrairement à ce qu’affirme la Doxa actuelle.

Il y a une attitude schizophrène des individus qui d’un côté prétendent à juste titre vouloir bénéficier du droit inaliénable à vivre une part de leur existence à l’abri des regards et qui d’un autre côté adosse des pans entiers de cette même existence à des systèmes conçus pour la divulguer sous diverses modalités aux yeux du monde.

  • La subjectivité partagée.

C’est une sorte de totalisation de la vie domestique qui s’instaure. L’auteur remarque que l’on a plus besoin de taper à la porte de la chambre des enfants pour y accéder dans la mesure où on dispose de toutes les informations par ses moyens technologiques…

Ce sont les concepts de familiarité et d’amitié qui subisse une redéfinition, non plus fondée sur l’écart consubstantiel à toute relation, mais sur une sorte de mise en commun des subjectivités. Il y a émergence d’une proxémie.

Chacun recouvre pour chacun une valeur instrumentale… on constate l’instauration d’une promiscuité tendanciellement permanente. Pour éviter de participer à une telle dynamique il relèverait à coup sûr d’une forme de sagesse de vivre fou, d’errer seul, ou d’affirmer en conscience ou en héros un désir de déviance….

  • Le suivi des mouvements anonymes du monde.

Tout le monde est surveillé notamment au moyen des Smartphones. Et cela est utilisé en vue d’une monétise nations.

Il y a un énorme risque d’utilisation de toutes ces informations. Certains estiment qu’avec la quantité la puissance des calculs actuels l’anonymat des données n’existe déjà plus.

Références à Google Earth.

Cela se traduit par l’apparition de nouveaux modes de preuve dans le cadre des procédures judiciaires.

Les angles morts disparaissent peu à peu ; ils sont colmatés par l’érection d’un data panoptisme capable de réduire chaque fait à des séquences de code exploité de toutes parts est disponible à l’attention de myriades d’entités et d’individus.

 

SIXIÈME PARTIE : LE TECHNO POUVOIR.

  • L’open data : la politique joystick.

Il y a une prise de distance à l’endroit du pouvoir politique. C’est une autonomisation croissante, ou une radicalisation sous d’autres modalités du processus d’auto accroissement de la technique.

L’open data sonne l’épuisement définitif du politique entendue comme l’élaboration de projets soumis à la délibération démocratique, et glisse vers une régulation algorithmique, automatisée et sans signataires de la vie publique.

La technique ne travaille pas frontalement à la désagrégation de la politique mais de manière insidieuse et latente.

  • Ethos du techno pouvoir.

Les technologies numériques ne déterminent pas seulement le quotidien, jusqu’au style de vie même, mais ordonne le cadre de la perception et de l’action humaine via les objets et les systèmes élaborés par le techno pouvoir.

Le techno pouvoir méprise le pouvoir politique et plus encore le droit, il considère tout encadrement ou restriction de son champ d’initiative comme un a pu.

Le techno pouvoir contredit l’idée postmoderne que le pouvoir est partout… il se situe dorénavant dans les laboratoires de recherche animée par les rêves sans limites des ingénieurs…

  • la classe des ingénieurs.

C’est dans les centres de recherche que se situe la pleine virtualité du numérique, dans l’infinité de ses possibilités qui poussent sans arrêt à concevoir l’inconcevable…

Reprise encore d’éléments d’analyse de Jacques Ellul : « un des caractères majeurs de la technique et de ne pas supporter de jugement moral, d’en être résolument indépendant et d’éliminer de son domaine tout jugement moral. Elle n’obéit jamais à cette discrimination étant au contraire à créer une morale technique tout à fait indépendante ».

  • L’indivisibilité du computationnel.

La programmation des algorithmes et des systèmes s’élaborent d’après des modalités mathématiques abstraites, soustraite à la visibilité.

D’où l’usage du design afin de se parer d’atours conviviaux capables de faire écran relativement à sa part d’ombre fondamentale…

il y a un processus de captation de l’attention par des plates-formes destinées à la soutenir et à l’entretenir sans cesse davantage en vue de sa plus intense exploitation commerciale…

Il convient d’étudier l’ignorance produite par certains organismes dans l’objectif à ce d’assouvir des intérêts privés. Il y a une nécessité d’analyser les processus qui étendent les continents de l’ignorance.

C’est exactement en s’appuyant sur ce socle d’ignorance que le techno pouvoir peut aujourd’hui aisément développer ses stratégies de façon masquée et sous des atours attrayants et ludiques, dissimulant nombre d’intentions peu avouables, notamment celles qui visent à mémoriser et à monétiser la connaissance des comportements des individus.

  • Techno pouvoir et idéologie de l’innovation.

L’innovation impose une nouvelle économie du temps. La virtualité technologique pousse à concevoir des objets et des systèmes inédits suivant décadence indéfiniment resserrée.

Joseph Schumpeter : « le processus de destruction créatrice constitue la donnée fondamentale du capitalisme. C’est en elle que consiste, en dernière analyse, le capitalisme et toute entreprise doit s’y adapter ».

La marchandisation généralisée de la vie actuellement à l’œuvre et le résultat direct de processus d’innovation.

Si l’innovation bénéficie d’une telle faveur rarement questionnée, si elle peut se déployer presque sans contrainte avec une réelle licence d’action, c’est qu’elle est soutenue par un fonds idéologique, par une inflation du techno discours qui en a fait un phénomène quasi naturel.

Cette rhétorique de l’innovation est épaulée par un rapport aux futurs empreints d’une dimension d’ordre téléologique perçu comme étant porteur d’un horizon inévitablement meilleur ou radieux. Car la temporalité de la technique et conjuguée au futur.

Jusqu’à quand et jusqu’où allons-nous accepter que quelques milliers de personnes dans le monde, principalement des dirigeants de groupes économiques et des ingénieurs, infléchisse le cours individuel et collectif de nos existences, sans que des oppositions, des digues juridiques ou des contre-pouvoirs ne se dressent ? Il s’agit d’un enjeu politique, éthique et civilisationnel majeurs de notre temps.

 

SEPTIÈME PARTIE : POLITIQUE ET ÉTHIQUE DE LA RAISON NUMÉRIQUE.

  • Un Parlement des données.

Jacques Ellul : « le système technicien n’est pas capable de s’auto corriger ».

L’instauration d’un Parlement des données apparaît nécessaire, au niveau national, européen et mondial.

Car on constate que les entreprises comme Google ne se préoccupe pas du droit ; elle l’ignore ; elle le défi frontalement.

Or il n’est pas acceptable en démocratie que la valeur structurante du droit soit bafouée.

D’où la nécessité de l’exercice d’un pouvoir politique et juridique…

  • De la responsabilité du pouvoir politique.

On constate par exemple dans le monde de l’éducation les effets pervers de l’abandon de son pouvoir par le politique. L’abandon du livre imprimé, objet physiquement clos à lui-même mais ouvert à toutes les expériences de la connaissance et de l’imaginaire à des effets dévastateurs. L’enseignement du code à l’école participerait d’une compréhension des mécanismes internes, des logiques qui les guident, de la façon dont les processus et les usages sont définis ou conditionnés de manière algorithmique…

Il faut en arriver à une réappropriation des protocoles numériques par les individus. Plus largement c’est une culture de la science, de la technique, des machines, des algorithmes, des langages de programmation et de leur portée sociale, économique, politique qui devrait être instituée.

Référence à l’esprit des lois de Montesquieu.

  • L’odyssée de la réappropriation.

Exemple des hackers qui ont joué et jouent un rôle fondamental.

Contrairement à ce que l’on croit l’économie dite contributive, collaborative ou du partage qui est doté de vertu citoyenne ou écologique supposée favoriser les relations entre les personnes sont une vue de l’esprit. Elles méconnaissent le faite que la grande majorité des échanges s’opère via des plates-formes privées qui structurent la visibilité des offres ainsi que les communications entre les personnes, gérant les transactions et les ponctionnant d’un pourcentage, à l’instar du site de location de chambre ou d’appartement Airbnb qui en quelques années est devenue l’une des principales compagnies de l’Internet…

On pourrait aussi imaginer d’élaborer des stratégies mettant directement en crise le modèle basé sur l’exploitation tous azimuts des traces numériques grâce à des techniques de communication chiffrant les données…

Plutôt que d’être des déviants véritables victimes marginalisées du système technicien il faut en arriver à une divergence volontaire déployant autant d’actes d’exception qu’il y a d’individualités libres…

  • Sciences humaines et raison numérique.

Les sciences humaines doivent se développer en allant à l’encontre de la tentative d’alignement du travail de la raison et de la pensée à la vérité de chiffres qui parlent d’eux-mêmes.

L’auteur passe en revue différente typologies de catégories d’analystes : les prospectivistes ou futurologues, les tendancialistes, les sociologues des usages du numérique, les pharmacologues, les techno drama, les désillusionnistes.

Il en conclut que ce qu’il nous faut c’est engagé d’autres types d’approches animées par la volonté de saisir de façon analytique et clinique sous de multiples formes les conditions d’élaboration et de diffusion de modes de rationalité spécifique soutenue par la techné contemporaine. Il s’agit d’une aventure plurielle de recherche portant sur l’algorithmisation de la vie qui doit être entreprise, ouvert en outre à l’expérimentation de stratégies possibles et désirables.

Nécessité d’une prise de distance théorique, d’une pensée réflexive qui ne soit pas soumise aux logiques fonctionnalistes entretenues par le numérique.

  • Une éthique de la techné contemporaine.

Une des corrélations s’est maintenue entre la technique et l’éthique, comme si la fascination exercée par les inventions humaines depuis la Chine ancienne, la Grèce antique, durant les lumières jusqu’à nos jours, avait occulté la portée de leurs incidences sur l’ontologie humaine.

Face aux continuelles perturbations opérées par le régime numérique c’est suivant trois niveaux que devrait être déployé un travail éthique.

D’abord se soucier de la sauvegarde de valeurs jugées fondamentales (droit à la liberté des individus, à la vie privée, ne pas faire violence à autrui etc.)

Ensuite, l’exigence de se soucier des meilleures conditions d’épanouissement individuel et collectif (référence à Spinoza dans l’éthique).

Enfin, le point de jonction décisif où l’éthique le politique se rejoignent, notamment dans le souci de préserver le commun propre à toute mise en organisation sociale des existences.

Nécessité de comités d’éthique…

Toute capacité critique relève d’une dimension éthique dans la mesure où elle refuse de coller au phénomène et d’amender systématiquement les faits, étant délibérément disposée à évaluer ce qui pose problème ou fait violence…

 

CONCLUSION : UNE ANTHROPOLOGIE DE L’EXPONENTIEL.

L’auteur fait une brève chronologie des technologies computationnelles. Il constate qu’elle expose une série d’événements qui initialement se déploient sous de faibles mesures, pour ensuite s’amplifier s’accélérer continuellement d’après des courbes à progression exponentielle. Référence à la loi de Moore.

Cette accélération permanente aura principalement été propulsée par le techno capitalisme qui aura pour large partie participer de l’avènement d’une anthropologie désormais placée sous le sceau de l’exponentiel.

Cet poussé exponentielle induit trois incidences majeur. Elle participe d’abord d’une naturalisation des phénomènes les inscrivant dans un ordre apparemment spontané des choses qui empêchent de constater leur caractère exceptionnel. Elle contribue ensuite à l’anonymat de l’origine des faits, à masquer l’intentionnalité des projets et à brouiller les chaînes d’interaction. Elle conforte enfin l’idée ou l’idéologie qui affirme que l’histoire est fondamentalement mû par des forces irrépressibles qui aujourd’hui seraient puissamment à l’œuvre.

Or ces contre ses effets cumulés que nous devons réagir et nous dresser.

Faisant référence à la relativité d’Einstein l’auteur considère qu’il faut refuser de se soumettre passivement un régime restrictif et exiger de développer des temporalités contradictoires ou divergentes ne s’alignant pas sur l’axiome de la destruction créatrice perpétuelle. Désir de vivre à contretemps.

Si le mouvement se poursuit deux phénomènes vont s’imposer massivement. D’abord celui consistant à généraliser un système d’efficacité fondée sur la réalisation la plus immédiate de toute action calquée dans les faits sur la vitesse des processeurs. Ensuite celui qui marginalise rare de facto l’activité humaine en regard de la puissance sans cesse accrue acquise par les systèmes computationnelles.

C’est la place de l’être humain et notre liberté qui sont en jeu.

L’auteur estime que au-delà du capitalisme et du libéralisme cette évolution correspond à une propension anthropologique fondamentale aspirant à la plus haute sécurisation et à l’optimisation de la vie qui a peu à peu exclu les autres dimensions de la vie.

 

 

 

 



09/04/2017
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